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Thomas Sugrue : « Après le 11 septembre, un nationalisme simpliste a ressurgi »

Journaliste

Les commémorations du 20e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 interviennent dans un contexte bien particulier, celui de la pandémie de Covid-19. Tout comme les attaques terroristes, celle-ci a durement frappé New York, créant ces derniers jours un étrange phénomène de résonance. Les discours insistent sur la résilience et l’unité, mais l’historien américain Thomas Sugrue apporte ici un tout autre regard.

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Thomas Sugrue est l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire des États-Unis au XXe siècle. Professeur à la New York University (NYU), il a mené l’essentiel de ses travaux en histoire et en sociologie urbaine, ce qui l’a aussi conduit à s’intéresser à la question des inégalités sociales et raciales, ainsi qu’à l’histoire du mouvement des droits civiques. C’est également un observateur attentif de notre époque, il a récemment dirigé un ouvrage qui doit paraître cet automne aux États-Unis sous le titre The Long Year : a 2020 reader, une cinquantaine d’intellectuels et d’universitaires de premier plan y proposent leurs réflexions sur cette année charnière. Quand on évoque avec lui le 11 septembre 2001 et ses conséquences, sa première réponse concerne l’évolution profonde qu’a connue depuis la ville de New York. De là, découle une analyse de l’histoire récente des États-Unis, marquée par la résurgence du nationalisme, des débats qui les traversent, et du monde dans lequel nous vivons encore profondément marqué par cet événement qui nous a fait entrer dans le XXIe siècle. RB

Comment décririez-vous l’état d’esprit, le ton général des célébrations autour du 20e anniversaire du 11 septembre 2001 ?
Le 11 septembre a été un moment très important dans la redéfinition de l’Amérique, du même ordre que ce qu’on a appelé « la longue décennie 60 ». Un véritable changement de paradigme s’est opéré à cette époque dans la façon dont les Américains pensent la nation, le rôle des États-Unis dans le monde, et la façon dont ils conçoivent la sécurité et l’insécurité. Le nationalisme est façonné dans une large mesure par le tracé, le maintien et le renforcement des frontières, et, à bien des égards, ce qui s’est passé le 11 septembre a bouleversé ce rapport aux frontières. C’est flagrant dans les commémorations de ce 20e anniversaires des attentats : il y a un effort manifeste de réinscrire l’idée de frontière dans la mémoire nationale, pour redonner de l’énergie à un type de n


Raphaël Bourgois

Journaliste, Rédacteur en Chef d'AOC