Enguerrand Lascols et Juliette Bessette : « Tout le monde entretient un rapport au ciel étoilé »
Le vernissage de l’exposition qui se tiendra au Mucem jusqu’en janvier prochain, « Lire le ciel », initialement prévu le 8 juillet, fut repoussé au lendemain à cause de l’incendie au Nord de Marseille : alors qu’une odeur persistante de brûlé se répandait, l’atmosphère se couvrait d’une épaisse fumée chargée de cendres.

On levait des yeux inquiets vers ce ciel, surface de projection de nos états d’âme depuis des millénaires, cherchant à y déceler des signes. Était-il devenu illisible ou, au contraire, bien trop déchiffrable ? Bientôt, les nuages se dissipèrent et la Lune, la nuit une fois tombée, brillait toujours aussi intensément, presque pleine, imperturbable.
L’historienne de l’art Juliette Bessette et le conservateur du patrimoine Enguerrand Lascols nous invitent, en faisant dialoguer les arts et les sciences, le populaire et le savant, l’historique et l’ethnographique, à questionner notre lien actuel au ciel étoilé en le remettant en perspective depuis l’Antiquité. En lisant les étoiles, nous nous lisons nous-mêmes et le monde qui nous entoure. Mais notre rapport au cosmos serait-il en danger, tandis que les prophètes ont cédé la place aux profits, que la pollution lumineuse fait écran, que de nouvelles constellations artificielles se sont levées au firmament ?
L’exposition vise à nous en rapprocher, à le réenchanter, en (r)éveillant un désir. Le verbe « désirer » provient du latin desiderare, traduisible par l’expression « cesser de contempler l’étoile ». Les augures et les marins antiques désignaient par là une perte, un manque, qui devait pousser à retrouver l’astre perdu. Pourrait-on continuer à désirer sans la vision de l’immensité interstellaire, nous ramenant à notre dimension minuscule, nous, simples poussières dans l’univers ? Nous y sommes pourtant toujours immergé·es, tournant à la vitesse de 1 000 km/h, sur une planète qui dévale dans le vide selon une trajectoire relativement régulière. Cependant, contrairement à ce que soutenait Rilke,
