Culture

Guillaume Désanges : « Toute œuvre d’art est subversive en ce qu’elle est la corruption d’une vision figée du monde »

Journaliste

Avec le printemps paraît le nouveau numéro, le cinquième déjà, des Saisons d’AOC. Sur la couverture, par principe typographique, un mot apparaît barré : Culture. À l’intérieur vingt articles pour penser les menaces et les attaques dont les œuvres, les artistes, les musées, les écoles, les libraires, les éditeurs, les journalistes, les médias et tant d’autres font l’objet. Et, comme à chaque fois, une exposition de papier : un ensemble d’œuvres censurées choisies par le Palais de Tokyo. L’occasion d’un entretien avec son président, Guillaume Désanges.

Depuis son premier magazine papier il y a un an, AOC a demandé au Palais de Tokyo d’être le curateur des expositions qui parcourent les numéros. Ce centre d’art, l’un des plus grands du monde en termes de superficie, et spécifiquement consacré à la scène contemporaine sous toutes ses formes (arts visuels, plastiques, mode, images, littérature, danse, performance…), a récemment été le lieu de deux types de censure. Guillaume Désanges, son président, les rappelle, en même temps qu’il explicite ce qu’implique être une institution dans le domaine de la création artistique. SB

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Le mot « censure » semble utilisé un peu à tort et à travers, laissant entrevoir une acception beaucoup plus large qu’auparavant. Comment tenter de clarifier les choses ?
La notion de censure a une longue et passionnante histoire dans l’art, et une acception élastique selon les lieux et les époques. Étymologiquement, elle concerne un jugement autre qu’esthétique, mesurant la conformité à certains préceptes. Il y a un aspect juridique dans ce terme : comment un pouvoir juge des formes. La notion évolue quant aux sujets qu’elle concerne et à la manière dont elle s’exerce. Elle dit toujours beaucoup des inconscients et des refoulés de l’époque dans laquelle elle apparaît. Concernant la censure officielle exercée par un État, par exemple, on pourrait dire : dis-moi ce que tu censures, je te dirai qui tu es.

Aujourd’hui, on peut l’aborder selon plusieurs angles. Le premier est permanent : certaines formes d’art contestent des idées, des situations ou des ordres existants. En retour, elles suscitent des réactions de rejet ou de refus venant de pouvoirs politiques, économiques, médiatiques, religieux, ou autres. Cela a existé de tous temps et il est intéressant de regarder cette histoire, parce qu’on y trouve des solutions, des allié.es, des manières de réfléchir qui peuvent nous aider aujourd’hui.

Ces dernières années, l’utilisation du mot « censure » s’est élargie, en réaction à de nouvelles v


Sylvain Bourmeau

Journaliste, directeur d'AOC