Littérature

Michael Roch : « C’est parce qu’on est tous différents qu’on est tous égaux »

Critique

Pour qui plonge dans les romans afrofuturistes caribéens de l’écrivain de 38 ans, se déploie tout un rhizome de traces, de tissus cicatriciels, de mémoires et de consciences emmêlées qui donne forme à un horizon politique nommé par l’auteur « diversalité ». Et aussi une réflexion écologique sur la survie de l’humanité dans la catastrophe en cours.

C’est avec Tè Mawon (« Terre marron »), publié à la Volte en 2022, que Michael Roch s’est révélé au grand public, s’échappant du cadre « science-fiction » pour se tenir dans une pensée créole du liminaire, de l’entremêlement et de l’indéfinition. Et donc finalement pour devenir un auteur de littérature tout court.

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Réédité au Livre de poche, Tè Mawon porte désormais une préface de Patrick Chamoiseau, où celui-ci s’adresse ainsi à son cadet : « dans ton Écrire, j’ai vu les langues perdre de leurs tyrannies pour bailler aux dérives, même aux drives, des langages. Je les ai vues s’accorder, à chaque fois singulières, à des personnages insaisissables, créés au vol et maintenus vivants au fil d’un déparler qu’ils créent et qui les crée dans un flux de passé de présent de futur que rien ne cherche à contrarier. » On ne saurait mieux décrire une action de « marronnage » sur la littérature académique : et l’on comprend aussi que les genres de « l’évasion » – dont la SF ou le thriller – puissent en être les formes privilégiées.

Après les Choses immobiles, chez Mü, et un recueil de nouvelles à La Volte, Lanvil emmêlée, Roch a donné en mars dernier Kò Mawon (« corps marron » ou « corps qui marronne ») chez le même éditeur, le quatrième volume du monde de Lanvil, du nom d’une mégalopole imaginaire qui couvrirait tout l’arc caribéen. En plus du français, Roch utilise dans ses dialogues des créoles martiniquais, guadeloupéen ou haïtien. Et pour ce nouveau roman, il a même fait créer un créole de base allemande par un spécialiste.

En 2074, Lanvil est secouée par une série d’explosions mystérieuses. Mais l’enquête officielle patine au profit narratif des trajectoires intimes de deux flics. Il y a Dani, à la recherche de sa mère Lucía, une militante devenue introuvable, et son ex, Perroquet ou Perro, dévasté par la « désapparition » de chCha, une intelligence artificielle logée dans son crâne qu’il considérait comme sa fille. Il y a aussi Ézie et Lonia, deux traductrices au


Éric Loret

Critique, Journaliste

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