F Fiction

Récit

Un drapeau sur la lune

Ecrivain

« Un jour, il y aura sur la lune le drapeau d’Algérie. » Marie Cosnay, toujours attentive, dans son œuvre comme dans son engagement, à l’humanité anonyme, confie aujourd’hui à AOC une variation sur un travail en cours autour de la figure d’un harki. Depuis le 22 février, ce travail d’Algérie a été bouleversé par le Hirak, dont quelques images, mots et émotions sont ici saisis. Un texte inédit.

Les gamins ont hissé le drapeau d’Algérie, comme pour un match de foot ils sont montés, montés à Alger Ghardaia Oran Bejaia Tizi Blida Boumerdes Tipaza, sont montés. Il est permis de rêver, aujourd’hui je vole. On va pas brûler nos papiers ; s’il faut brûler quelque chose on va brûler la tête de celui qui a tout brûlé. Même le cancer n’a que quatre phases, Bouteflika. D’un balcon de Tipaza, un vieil homme en pleurs regarde les jeunes dans la rue. 22 février, silmiya. Un policier reçoit des fleurs, un autre, qui a lancé des gaz lacrymogènes qui l’ont atteint, essuie son visage à l’écharpe blanche vinaigrée d’un manifestant, les jeunes se perchent, ils et elles décident de prendre la nuit. De vos ténèbres, rien ne subsistera, nous reviendrons chargés de jours, écrit Rezki Rabia. Pour la première fois je n’ai pas envie de te quitter, mon Algérie. Écrit sur un mur. Sur l’autoroute, un jeune homme debout sur un vélo s’envole, Algérie, Algérie. Nous ne prendrons pas les bateaux de la mort, ne ferons pas pleurer nos mères. Il n’y a que chez Chanel qu’il y a un numéro 5. Pour un mort vivant des millions de vivants. Vous avez les millions, nous sommes les millions, brassards verts pour guider les mouvements de foule, le vinaigre, l’eau, les drapeaux, celui-ci, de 1956, taché du sang d’un moudjahid, les policiers sous les youyous, signes de main, enlève ton casque, tu peux faire venir qui tu veux il n’y aura pas, n’y aura pas de 5e mandat, ce que sont nos pays, on n’a plus de pét...

Marie Cosnay

Ecrivain, Traductrice