F Fiction

Essai

Vies écrites

Ecrivain

Alors qu’en cette rentrée le nom de Javier Marías est surtout associé à son dernier roman, Berta Isla, paraît également de lui, aux Éditions Gallimard, un étonnant essai en hommage à ses amis littéraires. Vingt « Vies écrites » brèves, alertes, inhabituelles, qui racontent Faulkner, James, Lampedusa, Rimbaud, Mishima… mais aussi six « Femmes fugitives », comme Lady Hester Stanhope, Emily Brontë ou Vernon Lee. Trois morceaux choisis par AOC (traduction d’Alain Kéruzoré et Stéphanie Decante) – deux portraits et un savoureux épilogue –, publiés aujourd’hui en avant-première.

 

Robert Louis Stevenson

parmi les criminels

 

Peut-être parce qu’il mourut prématurément ou parce qu’il était constamment malade, peut-être à cause de ses voyages exotiques qui à l’époque passaient pour héroïques, ou bien parce qu’on le lit dès l’enfance, toujours est-il que la figure de Robert Louis Stevenson a toujours quelque chose de chevaleresque et d’une angélique pureté, au point d’être même lassante si l’on force un peu le trait.

Bien sûr que Stevenson était chevaleresque, mais sans outrance, disons qu’il l’était dans la mesure : il n’y a pas d’authentique chevalier qui ne se soit comporté comme un goujat au moins une fois dans sa vie. Pour Stevenson, ce fut peut-être dans les environs de Monterey, en Californie, quand, sans le vouloir, il mit le feu à un bois. Un incendie s’était déclaré à un autre endroit et s’étendait si rapidement que Stevenson, mû par une curiosité scientifique, se demanda si la mousse qui orne et recouvre les bois californiens n’en serait pas la cause. Pour le vérifier, il n’eut pas d’autre idée que d’approcher une allumette d’une touffe, mais sans prendre la précaution de l’arracher de l’arbre pour faire son expérience. En un instant l’arbre s’embrasait comme une torche, et Stevenson dut trouver l’essai concluant. Mais le comportement peu chevaleresque vint ensuite : à que...

Javier Marías

Ecrivain