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Nouvelle

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Notre série d’avant-premières de la rentrée d’hiver en littérature étrangère se termine avec une nouvelle de l’auteure américaine Lionel Shriver et tirée de son prochain recueil. Propriétés privées, tel en est le titre, rassemble 12 histoires qui, en effet, déclinent la notion de propriété. Souvent incarnée sous les espèces d’une maison, elle est ici sarcastiquement et finement en jeu dans le rapport à l’argent de la famille Ivy. À paraître aux éditions Belfond, dans la traduction de Laurence Richard.

Désireux de choisir un lieu typiquement britannique, Elliot avait donné rendez-vous à son père dans un pub gastronomique du Cut, une rue de Londres qui incarnait en elle-même tout le charme excentrique des nomenclatures des rues de son pays d’adoption. (Elliot répertoriait les noms de rue loufoques. Un récent voyage d’affaires à Beverley lui avait permis de rapporter dans ses filets les charmants Old Waste et North Bar Within. Cette inclination était économique. A contrario, une collection de théières victoriennes lui aurait coûté des milliers de livres sterling ; les noms de rue étaient gratuits.) L’Anchor & Hope était accessible à pied depuis son appartement de Bermondsey, mais le trajet était juste assez long pour décourager son père de le raccompagner en pensant qu’il pourrait prendre un café chez lui et découvrir que son fils, à l’âge humiliant de quarante-trois ans, habitait avec des colocataires comme un quelconque étudiant sans le sou. Son père ne comprendrait pas que des adultes célibataires avec un emploi à plein temps louant ensemble un appartement étaient monnaie courante dans cette ville, où, dans les propos d’Elliot, les adjectifs abusif, outrancier et exorbitant avaient perdu tout leur impact en raison d’un usage excessif.

Quoi qu’il en soit, tout en plissant les yeux afin de déchiffrer les plats du jour sur l’ardoise, le père d’Ell...

Lionel Shriver

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