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Poète

Hugh MacDiarmid, poète écossais mort en 1978, fut exclu du National Party of Scotland parce que communiste et, symétriquement, du Communist Party of Great Britain pour cause de nationalisme. Cet auteur moderniste, méconnu voire inconnu en France, cultiva le paradoxe politique et fut un ardent défenseur du mouvement artistique de la « Renaissance écossaise » — et à ce titre expérimenta une langue composée de divers dialectes écossais. Mark Hutchinson et Antoine Jaccottet nous ont confié la traduction inédite de quelques-uns de ses poèmes. En voici huit, publiés entre 1925 et 1962, écrits en « Synthetic Scots » ou en anglais, comme « Sur une plage soulevée » (1934), l’un de ses poèmes les plus célèbres.

L’arc-en-ciel

 

Un soir d’été pluvieux et froid, après la tonte des brebis,

J’ai vu cette chose rare ;

Un arc-en-ciel avec sa lumière tremblante

Par-delà l’averse ;

Et j’ai pensé au regard farouche que tu as lancé,

Avant de mourir.

 

Dehors, la nuit était glaciale et sombre

— chez moi aussi.

Mais depuis, je n’ai cessé de penser

À cette lumière hagarde.

Et je crois avoir enfin compris

Ton regard d’alors, et tout ce qu’il signifie.

 

 

 

La pierre instable

Au plus profond de la froide nuit de moisson,

Le monde, comme une pierre instable,

Vogue dans le ciel ;

Et mes noirs souvenirs tombent

Comme un rideau de neige.

 

Comme un rideau de neige qui m’aurait empêché de lire

Les mots gravés dans la pierre

Si la mousse de la renommée,

Et le lichen de l’histoire,

Ne les avaient déjà recouverts.

 

 

Sur la tombe de mon père

La lumière encore sur moi, toi enveloppé de nuages,

Nous nous voyons aujourd’hui comme deux collines

De part et d’autre d’une vallée. Je ne suis plus ton fils.

C’est mon esprit, et lui seul, qui regarde,

Et l’immense obscurité que fut ta mort

Se dresse, et lui fait face de l’autre côté.

Qu’un homme en vie songe à un homme mort,<...