Un canon de chambre noire
I. Tu es des leurs, hein ?
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Il est minuit et, dans un coin du patio où se déroule la fête, Violet demande si je me souviens des Denver-7. Bien sûr, des êtres artificiels, impossibles à identifier. Des androïdes, précise-t-elle, pointilleuse, comme si sa vie en dépendait. Et elle me parle des survivants, des androïdes du secteur Denver-7 qu’on croise encore à Barcelone, ils ont des souvenirs implantés et la faculté de se reproduire. Beaucoup d’entre eux, dit-elle, ont eu une descendance. Je sais de quoi elle parle. D’abord, parce qu’à une époque pas si lointaine il était beaucoup question des Denver-7. Mais ça n’a pas duré. Certains ont des tendances agressives, ils portent les gènes de la violence.
Ils étaient programmés pour vivre quatre ans, et un grave défaut dans leur alimentation électrique – la “mégapanne” de Barcelone – leur avait donné une vie ouverte, d’une durée indéterminée, mais ces derniers temps on ne parle plus d’eux, ils sont discrets, ils ne cherchent pas à se distinguer des gens ordinaires. Violet en doute. D’accord, dit-elle, ils ne cherchent pas à attirer l’attention, mais il y a des impulsifs, à partir d’un certain âge ils veulent se venger de ceux qui les ont achetés pour faire d’eux leurs domestiques.
Je ne savais pas, dis-je. Avec le temps, dit-elle, ils se sont débrouillés pour mener une vie normale, mais quelques-uns sont encore un peu perdus. Je demande pourquoi ils sont perdus. À cause de la confusion, enchaîne-t-elle, que tissent les souvenirs implantés.
Je m’étonne qu’elle sache tant de choses sur les Denver-7, mais encore plus qu’après tant d’années sans se voir elle ne me parle plus que d’eux. J’essaie de mettre un terme à cette conversation, d’une teneur robotique soutenue. Tu sais, dis-je, il s’agit d’un phénomène très barcelonais. Violet sent que je veux changer de sujet, et elle insiste. En tout cas, dit-elle, pour moi, le problème, c’est que certains Denver-7, en vivant au-delà de ce qui était programmé, ont accédé petit à pe
