Roman (extrait)

Mission de l’ombre

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Clôture en beauté du cycle des bonnes feuilles étrangères de cette rentrée avec le retour de l’auteur culte et anti-médiatique Thomas Pynchon. Nous sommes promenés, avec Hicks McTaggart, dans les années 30, aux environs de Chicago, et même en Europe centrale, à la recherche d’une héritière de l’industrie fromagère en fugue avec un clarinettiste de jazz. La traduction est de Nicolas Richard, à paraître chez Bourgois. Attention : ça joue et ça va vite.

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Quand les embrouilles débarquent en ville, elles prennent généralement la North Shore Line. Entre les temps durailles à Chicago, plus au sud sur le Lac, les changements de vent, l’abrogation de la Prohibition au coin de la rue, Big Al en taule à Atlanta, les affaires de l’Organisation devenues chaotiques et imprévisibles, quiconque ayant besoin d’une excuse pour quitter la ville déboule tranquille ici, à Milwaukee, où les choses dégénèrent rarement au-delà de quelqu’un s’est fait voler son poisson.

Hicks McTaggart a arpenté à pinces toute la journée le quartier du Third Ward, ayant à l’œil deux touristes en borsalino et pardessus en poil de chameau noir du Bureau central, à l’angle de la 22e et de Wabash, plus au sud sur le Lac, l’Organisation de Chicago se chargeant de tout ce dont il faut s’occuper à Milwaukee depuis que Vito Guardalabene a cassé sa pipe, il y a dix ans, même si le successeur de Vito, Pete Guardalabene, est toujours considéré dans le Ward comme le patron, a droit à sa photo dans les pages mondaines, tout sourire aux mariages et ainsi de suite.

Traînant dans la ruelle derrière le Bella Palermo de Pasquale, Hicks entend des sons de sociabilité torsion-de-nouilles, hume la sauce spaghetti, l’ail revenu à la poêle et le sfincioni bagherese cuisant sur un feu de branches d’olivier, et ça lui donne faim, sauf que si près du jour de paye, le menu de son déjeuner c’est un thermos de café et un beignet au babeurre fourré dans une de ses poches.

L’explosion au moment où elle a lieu semble provenir de quelque part de l’autre côté de la rivière, plus près du Lac. Fourchettes et verres se figent entre dessus-de-table et bouches, comme si tout le monde observait un moment de silence, et personne ne semble étonné.

C’est encore le sujet de conversation un peu plus tard quand tout le monde vient s’entasser dans la rue.

« Viens chercher un peu de calme et de tranquillité, et voilà pas que… »

« Commence à prendre des airs de Chicago par ici. »

Tout le monde regard


Thomas Pynchon

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