À mon corps défaillant
Théorie de la déficience. Mode d’emploi
Félicitations ! Vous venez de faire l’acquisition d’une théorie de la déficience. Peut-être en avez-vous déjà élaboré une au cours de votre vie – que vous l’appeliez ainsi ou non. Peut-être en avez-vous rencontré une dans un livre, sur un appareil numérique, sur les réseaux sociaux ou au détour d’une conversation. Quelle que soit la manière dont vous l’avez découverte, nous vous remercions de prendre le temps de réfléchir à la déficience. L’équipe d’À mon corps défaillant « contient des multitudes », et nous nous sommes efforcé·es de rendre cette théorie la plus stimulante possible[1]. Pour vous assurer d’être en possession de la dernière mise à jour, veuillez consulter votre bibliothèque, Internet ou toute autre technologie qui l’aura remplacé entre-temps.
Qu’est-ce qu’une déficience ?
Une déficience est une forme de limite particulière. Elle peut impliquer un court-circuitage de l’intention : les déficiences de transmission sont causées par le dysfonctionnement d’un réseau de télécommunications. Une limite physique est vécue comme une déficience quand on dispose d’un point de comparaison au-delà de cette limite. Considérée ainsi, une déficience ne relève donc pas d’un simple défaut ou dysfonctionnement. Elle constitue davantage une distorsion productive d’une certaine capacité. La capacité en tant que telle peut être aussi bien réelle qu’imaginaire. La distorsion peut être agréable ou douloureuse. Les effets politiques et affectifs de la déficience ne sont jamais garantis. La déficience n’est jamais automatiquement bonne ou mauvaise. Elle existe en relation avec autre chose : une norme extérieure régissant les capacités ou les actions, un souvenir incarné ou un affect remémoré, une intention non réalisée ou altérée.
La déficience est un détour. Elle peut vous mener là où vous ne voulez surtout pas aller ; elle peut aussi vous conduire dans un endroit inédit et magnifique. Ici, toutefois, le pronom « vous » est lui-même tromp
