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Culture

L’impossible ministre de la Culture

Directeur du Théâtre de la Bastille

Lorsque la langue n’est plus qu’un outil et l’évènement une curiosité de passage, l’art est en danger. Ce n’est pas le manque d’argent seulement qui guette la culture, c’est l’indifférence polie ou instrumentalisée. Les conséquences sont dramatiques, car seule une parole libre peut s’opposer aux profiteurs de la peur.

Depuis de nombreuses années, nous n’avons pas de ministre de la Culture. Il y eut des titulaires, certes, mais de ministre point. Pourquoi ? Un ministre de la Culture est un responsable des arts, d’abord et principalement : de ces œuvres qui sont et seront les réels et pérennes contenus de ce que nous nommons Culture. La parole d’un ministre de la Culture ne peut s’aligner sur celle d’un ministre de l’Économie, voire de l’Éducation. Sa parole compte dans la mesure où elle sait ne pas être comptable seulement. Car pour lui, il ne s’agit pas d’un Présent réduit à ses contraintes, il s’agit du potentiel du temps ; il s’agit de lancer l’avenir.

Plus que d’autres, la parole du ministre de la Culture acte dans le présent ce qui fonde son avenir. Cet acte est premier. Il contient la confiance dont nous sommes encore capables, peut-être, en l’imagination d’un lendemain insaisissable.

L’improbable doit se faire ouverture ; l’ambition ...

Jean-Marie Hordé

Directeur du Théâtre de la Bastille, Paris