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Politique

Un peuple, deux populaces

Sociologue

La plèbe s’est dédoublée ; incarnée d’un côté par la France « issue de la diversité », de l’autre, par la France « périphérique ». À tour de rôle, ces deux franges de la population ont exprimé leur mécontentement faisant ainsi succéder aux émeutes des banlieues celles des Gilets Jaunes. Si elles s’opposent voire s’effrayent mutuellement parfois, elles se rejoignent pourtant dans une même contestation de la formule républicaine, quitte à effacer la figure patiemment édifiée du citoyen au profit d’un représenté ennemi de toute représentation.

Il est des traditions politiques où l’on ne sait à quel principe se vouer lorsqu’ils entrent en tension. Égalité et liberté étaient destinées à être embrassées d’un seul regard, mais très vite c’est un strabisme qui finit par affecter durablement la vision politique moderne, née en France avec la Révolution, mais appelée à se répandre partout. À ce strabisme partagé, s’ajoute pour les juifs de France, longtemps considérés comme une entité étrangère, un « royaume dans le royaume », une vision politique ancestrale où l’on ne sait trop de qui se méfier le plus, du pouvoir potentiellement malveillant ou de la foule dangereuse – strabisme divergeant, caractéristique d’un groupe dominé, vulnérable.

Traditionnellement, par expérience, les juifs se méfièrent de la populace, de ses violences sporadiques, et cherchaient la protection du pouvoir suprême, seule instance capable de leur garantir une sécurité relative. La nature générale du pouvoir passait pour secondaire, pourvu qu’il les protège. En émancipant les juifs complètement, la Révoluti...

Danny Trom

Sociologue, Chercheur au CNRS, membre du Laboratoire interdisciplinaire d'études des réflexivités (LIER)  et du Centre d'études juives (CEJ) de l'EHESS