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« Quand on veut la guerre, on assume » : les Gilets Jaunes, le peuple et le sens de l’État

Anthropologue

Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », l’usage du mot guerre s’est généralisé pour devenir un paradigme de la politique intérieure. Or dire la guerre quand il n’y a pas guerre c’est, pour un État, toujours dire son intention de la faire. L’aisance avec laquelle le vocable s’est installé depuis le début du mouvement des « gilets jaunes » interroge et inquiète. Faisons l’hypothèse que cela indique la fin d’un certain lexique de la politique, sa pauvreté actuelle attestant d’abord des clotures de l’Etat.

Dans une vidéo visible sur Internet, une femme qui souhaite porter secours à un homme à terre lors d’une manifestation se voit rétorquer par un CRS : « Quand on veut la guerre, on assume ». « Non, non, on ne fait pas la guerre. On manifeste de manière pacifique » lui répond-elle. En effet, c’est l’État qui traite le peuple en ennemi dès lors qu’il est assimilé, par le président, lors de ses vœux[1], à une « foule haineuse ». Qualifié de raciste, d’antisémite, d’homophobe, il s’en prendrait à toutes les institutions censées le représenter ou le protéger – médias, élus, forces de l’ordre. Large spectre populiste d’une « négation de la France » ou, davantage, d’une négation de l’État tel qu’Emmanuel Macron le conçoit et où « haïr » un Juif et un CRS s’équivaut. Or, et jusqu’à preuve du contraire, ni la question des étrangers – et encore moins celle des Juifs – ne structurent ou n’organisent le mouvement dans ses principes, sa subjectivité, ses mots d’ordre.

Catherine Hass

Anthropologue, Chercheuse associée au CERNA (Centre d'Économie Industrielle), MINES ParisTech, PSL Research University, chargée de cours à Sciences po Paris.