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Histoire

L’inventaire des possibles : le cas du management nazi

Historien

Les critiques adressées au nouvel ouvrage de Johann Chapoutot – Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui – frappent par leur faiblesse, fait d’autant plus regrettable qu’elles évacuent du débat ce qui faisait la promesse du livre. Ce que manquent ces lectures simplistes, c’est que le livre porte moins sur le nazisme que sur le concept de modernité, au sein duquel le management nazi peut figurer comme possible, sans pour autant en être l’élément originel.

Il est parfois bien difficile d’anticiper les effets de lecture créés par les livres qu’on écrit. L’essai de Johann Chapoutot, intitulé Libres d’obéir. Le management du nazisme à aujourd’hui en est un exemple remarquable qui pourrait malheureusement conduire à oblitérer un débat qui me paraissait être la promesse du livre.

Cet ouvrage tente de montrer que le nazisme produisit, notamment au sein de la SS et de son Service de Renseignement, un ensemble de techniques et de discours qui formèrent une manière originale de gouverner les hommes au travail durant le Troisième Reich. S’originant dans l’Auftragstaktik prussienne revitalisée durant la Grande Guerre par la grande réforme de l’entraînement d’infanterie, cette forme de management spécifique — et spécifiquement nazie — s’incarna dans un homme, Reinhard Höhn, qui constitue un observatoire passionnant que décrit Johann Chapoutot.

Il replace ainsi Reinhard Höhn à la pointe d’un certain nombre de débats cruciaux au sein des instances nazies, débats touchant les uns à la pratique de l’État, les seconds aux structures du droit, les troisièmes à l’organisation de l’administration impériale. Höhn se trouvait ainsi tout à la fois au cœ...

Christian Ingrao

Historien, Directeur de recherche au CNRS