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Ce à quoi la pensée critique doit s’atteler, maintenant

Historienne

Les journaux nous alertent sur les conséquences socio-économiques désastreuses du confinement ou les manifestations de trumpistes sans masque mais aucun article ne propose ni critique ni analyse critique : on ne nous donne pas les moyens de réfléchir à ce qui pourrait constituer un remède aux maux sociaux mis en évidence par le virus. Il revient donc aux intellectuels de porter les initiatives individuelles, de relayer les revendications de militants – de faire un travail qui consiste non plus à détailler à l’infini les injustices que cette crise n’a fait que rendre plus évidentes, mais à rechercher les refus qui pourraient se révéler les leviers pour ouvrir un autre avenir.

Nous vivons la crise du Covid-19 comme une longue saison d’indétermination. Quand va-t-elle se terminer ? Comment va-t-elle se terminer ? Malgré les nombreux commentaires d’un certain nombre d’intellectuels publics, il y a peu de réponses à la question de savoir ce que l’avenir pourrait nous réserver, et encore moins à celle de savoir comment y parvenir. Ainsi, la pandémie a mis en évidence une autre des failles de notre époque : la difficulté de s’imaginer au-delà du monde actuel dans lequel nous vivons. Et, tout comme pour ces autres failles auxquelles nous reviendrons plus tard, le problème n’est pas nouveau, ainsi que nous le rappelle l’historien François Hartog lorsqu’il parle de « présentisme ».

Quelque part au cours du XXe siècle, nous avons perdu notre croyance dans le pouvoir rédempteur de l’histoire, et donc dans la garantie d’un avenir meilleur. Wendy Brown en donne une explication concise : « Nous nous savons nous-mêmes saturés par l’histoire, nous sentons la force extraordinaire ...

Joan W. Scott

Historienne