O Opinion

Rediffusion

Le long processus d’effondrement du néolibéralisme

Philosophe

Avec la mobilisation massive, fin 2019 et début 2020, de tous les métiers de service public, de santé et d’éducation contre les réformes du gouvernement Philippe, on a assisté à une insurrection populaire inédite qui, après les Gilets Jaunes, a pris alors de nouvelles formes et de nouvelles couleurs. En cause, la demande d’adapter nos modes de vie au regard d’un supposé retard. Rediffusion du 28 février 2020.

L’une des forces fondamentales du néolibéralisme vient de ce qu’il parle de la vie et qu’il s’adresse à nous comme à des êtres vivants. « L’évolution », nous répète-t-il inlassablement depuis un demi-siècle, réclame des mutations nous permettant de survivre et de nous adapter à un nouvel environnement, désormais instable, ouvert et incertain. Tel est son lexique, qui vient de la biologie et des sciences de la vie : évolution, sélection, mutation, adaptation, compétition.

Être vivant, dans un tel monde, supposerait d’être flexible et adaptable, ouvert à l’accélération permanente des transformations dans un monde que l’on rêve sans clôtures, sans frontières, sans stases et sans statuts. Car tel serait le sens de la vie et le but inéluctable de toute évolution, tel serait son sens et son but, son telos en grec : l’accomplissement de ce qu’on appelle aujourd’hui « la mondialisation ». Tel est au fond, d’après le néolibéralisme, le sens de l’histoire de la vie : accomplir jusqu’à son terme ...

Barbara Stiegler

Philosophe, Professeur de philosophie politique à l’Université Bordeaux-Montaigne