Société

Pour un traitement éthique des migrations dans le débat public

Économiste, Présidente de France Terre d’Asile.

Faut-il encore s’étonner des instrumentalisations politiques abjectes que subissent les questions migratoires depuis de nombreuses années ? « Confusionnisme » et « migration » sont ainsi devenus deux des maîtres mots de notre débat public qui, une fois assemblés, forment le cocktail préférentiel des discours populistes, dans lesquels tout souci d’objectivité ou d’humanisme a résolument disparu.

Les images forgent les imaginaires. Elles contribuent à l’ancrage des représentations, a fortiori quand une même illustration se répète encore et encore, sans tenir compte de la diversité des réalités qu’elle entend documenter, jusqu’à devenir image unique, prêt-à-penser empêchant toute bonne compréhension d’un phénomène complexe.

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Ainsi en va-t-il de l’immigration, toute entière enfermée désormais dans ce mot valise : « migrants », et cette image : celle de personnes hagardes, gilet orange autour du cou, en haillons sur des embarcations de fortunes. Christian Salmon le soulignait déjà en 2023 : il suffit d’« une banale recherche sur Internet pour voir surgir des centaines de milliers, des millions d’images de réfugiés dans le monde. Nous sommes davantage exposés aux images qu’aux réfugiés eux-mêmes ».

Oubliés donc les étudiants internationaux, les travailleurs étrangers, les couples mixtes, les chercheurs ou les artistes venus d’ailleurs ? Oui, parce que ces figures-là manquent visiblement de puissance narrative pour dire la « masse » et le « sentiment de submersion ». Alors on ne les convoque plus dans les discours et désormais migrants = demandeurs d’asile. Or, poursuit-on : les demandeurs d’asile, nous n’avons d’autre choix que de les accueillir. Des textes internationaux, « attentatoires à notre souveraineté » ajoutent certains, nous l’imposent. Et pourtant, font mine de se désoler, d’autres encore « ils n’ont ni le bon niveau de langue, ni les bons diplômes, ni les bons codes culturels »…

Pause. Reprenons. L’« immigration internationale » souvent abrégée en « immigration » désigne, selon l’INED, « les déplacements de population d’un pays dans un autre, dans le but de s’y établir ». En 2024, 304 millions de personnes résidaient dans un pays étranger au leur. Le Haut-Commissariat des Nations-Unies en charge des réfugiés (HCR) décomptait quant à lui 43,7 millions de réfugiés et 8 millions de demandeurs d’asile dans le monde. En d’autres termes, environ 1


[1] Selon les chiffres MI-AGDREF/DSED.

Benjamin Michallet

Économiste, Juge assesseur à la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA)

Najat Vallaud-Belkacem

Présidente de France Terre d’Asile., Ancienne Ministre, des droits des femmes puis de l’Education Nationale

Notes

[1] Selon les chiffres MI-AGDREF/DSED.