Faire face à la classe vectorialiste
«Vincent Bolloré l’assume, il mène depuis plusieurs années un “combat civilisationnel” et il a, pour cela, un plan de bataille : imposer des idées racistes, sexistes et transphobes sur la scène politique pour faire élire le parti qui saura mener la contre-révolution réactionnaire qu’il désire. » Ainsi s’ouvre l’ouvrage collectif Déborder Bolloré (2025), élaboré par une collective de 128 éditeur·ices indépendant·es pour contrer la stratégie expansionniste d’un empire médiatique d’extrême-droite (Canal+, CNews, C8 pour la télévision, Cegetel pour la télécommunication, Havas pour la publicité, Gameloft pour les jeux vidéo, Hachette pour l’édition).

Cette concentration ne se fait pas que dans les mains de Bolloré, et elle est le fruit de plusieurs décennies de mutation du capitalisme de l’information, laquelle a progressivement été accaparée par une nouvelle classe d’ultrariches : la « classe vectorialiste[1] » ; une classe entièrement dédiée à la « vectorisation », c’est-à-dire au déplacement soit des marchandises (logistique) soit de l’attention (média). Vincent Bolloré, mais aussi Pierre-Édouard Stérin ou Bernard Arnault en France, ou encore Rupert Murdoch et Larry Ellison aux États-Unis, en donnent des exemples brutaux, face auxquels des stratégies de désobéissance sont en train de s’inventer.
Oligarques vectorialistes contre plateformes démocratiques
Vincent Bolloré, avant de se fantasmer en empereur médiatique, c’est d’abord un empire colonial qui, depuis la reprise de la papeterie familiale OCB (en 1985), n’a cessé de s’étendre en Afrique au travers de la vente de tabac (jusqu’à y occuper un quasi-monopole), puis de la logistique (Bolloré Africa Logistics représentant, dans les années 2010, 80 % du chiffre d’affaire du groupe Bolloré). Si la plupart de ces activités ont été cédées au début des années 2020 (à l’exception notable des groupes dédiés à la logistique pétrolière), l’empire médiatique qui s’est construit et accru en parallèle n’a pas abandonné
