Écologie

Dans la dorsale de l’orque percée par une flèche

Anthropologue

La vidéo de deux orques qui portent une balise transdermique est l’objet de débats entre des internautes indignés par le traitement qui leur est infligé. Cette controverse illustre la réalité du champ de la cétologie, animé par des tensions entre public et privé et entre activisme et science, mais aussi la difficulté à accorder nos affects autour des animaux sauvages.

Prior et Gaël sont deux frères orques. Le 26 septembre 2025, sur le réseau social Facebook, une organisation se présentant comme une plateforme scientifique de sensibilisation au sort des orques ibériques publie un post à leur sujet. Elle annonce la mise en ligne prochaine, après des mois d’indignation répétée post après post sur sa page, d’une pétition contre l’utilisation de balises transdermiques par des cétologues du détroit de Gibraltar.

publicité

Pour comprendre la controverse, il faut remonter quelques mois plus tôt, en mars 2025. Comme chaque année au printemps, les orques vont petit à petit commencer à se faire plus présentes dans le détroit de Gibraltar. On dénombre environ quarante orques « ibériques ». On les connaît toutes par leurs matricules ou par leurs prénoms, mais on sait encore peu de choses sur elles. La dénomination « ibérique » d’ailleurs est la marque de ce manque de connaissances, car si cette population d’orques vit une partie de l’année dans le détroit de Gibraltar et en baie de Cadix, où elles suivent le thon qui migre entre Atlantique et Méditerranée, des orques « ibériques » sont régulièrement photo-identifiées sur d’autres côtes plus nordiques, dans le Golfe de Gascogne ou au large des îles britanniques. Un individu a même été retrouvé échoué sur les côtes hollandaises en 2022. La sous-population est donc plus cosmopolite que le laisse entendre son taxon.

Depuis 2020, ces quarante orques sont les personnages d’une fresque médiatique qui s’est emballée, et particulièrement quinze d’entre elles, surnommées le clan des « Gladis ». Ces dernières ont des interactions violentes avec les bateaux, un jeu que beaucoup ont rapidement interprété comme des « attaques ». Le dernier épisode de cette série de non-fiction à succès s’est déroulé dans l’estuaire du Tage, devant Lisbonne, avec cinq « attaques » en quatre jours et un voilier coulé.

Les orques « bloodthirsty » du clan des Gladis ont encore frappé, pouvait-on lire dans les colonnes du journ


[1] LIMPET est l’acronyme de « Low‐Impact Minimally Percutaneous External Transmitter ». « Limpet » signifie aussi « patelle » en anglais, renvoyant à l’imaginaire des baleines couvertes de balanes (qui ressemblent beaucoup aux patelles mais qui sont des crustacés, contrairement aux patelles, qui sont des gastéropodes). Dernièrement, un « trend » Instagram a même regroupé des dizaines de vidéos générées par IA d’humains nettoyant les corps charismatiques de baleines de ces petites coquilles envahissantes. Derrière l’image du parasite ou de la symbiose se rejoue la question du rôle des humains en posture de soin du sauvage, d’intervention, de contact.

[2] Ruth Esteban, Andrew D. Foote, « Orcinus orca (Strait of Gibraltar subpopulation) », The IUCN Red List of Threatened Species, 2019.

Fabien Clouette

Anthropologue, chargé de recherche au CNRS (ESO Rennes)

Mots-clés

AnthropocèneClimat

Notes

[1] LIMPET est l’acronyme de « Low‐Impact Minimally Percutaneous External Transmitter ». « Limpet » signifie aussi « patelle » en anglais, renvoyant à l’imaginaire des baleines couvertes de balanes (qui ressemblent beaucoup aux patelles mais qui sont des crustacés, contrairement aux patelles, qui sont des gastéropodes). Dernièrement, un « trend » Instagram a même regroupé des dizaines de vidéos générées par IA d’humains nettoyant les corps charismatiques de baleines de ces petites coquilles envahissantes. Derrière l’image du parasite ou de la symbiose se rejoue la question du rôle des humains en posture de soin du sauvage, d’intervention, de contact.

[2] Ruth Esteban, Andrew D. Foote, « Orcinus orca (Strait of Gibraltar subpopulation) », The IUCN Red List of Threatened Species, 2019.