International

Casse à Caracas

Politiste

L’enlèvement de Maduro confirme que la politique étrangère de Trump est celle d’un président-mafieux qui déclare son expansionnisme territorial et du même geste, fait renouer le monde avec des principes coloniaux qu’on croyait révolus. L’Europe, qui devrait défendre le droit international, se couche dans une veulerie moralement répugnante et politiquement suicidaire.

L’enlèvement de Maduro par Trump confirme l’avènement d’un gouvernement mondial des pirates et des gangsters dont le traité philosophique sera non plus le Léviathan de Hobbes, encore moins Vers la paix perpétuelle de Kant, pas même la Théologie politique de Carl Schmitt, mais la pièce de Brecht, Arturo Ui (c’est à dessein que j’ampute le titre complet de son La Résistible ascension car, jusqu’à preuve du contraire…).

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L’impérialisme américain est une vieille affaire, bien connue des Sud-Américains, « si loin de Dieu, si proches des États-Unis », selon la formule mexicaine consacrée. Mais, au XXe siècle, ces derniers intervenaient au nom de la liberté, tout au moins celle du « monde libre », l’endiguement du communisme dût-il passer par l’instauration de régimes autoritaires et tortionnaires à la périphérie du capitalisme. Même un George W. Bush a prétendu envahir l’Afghanistan et l’Irak pour y instaurer la démocratie, en se référant à l’idéologie des néoconservateurs.

Rien de tel dans la bouche de Trump qui en revient à la politique du « gros bâton » de Theodore Roosevelt (président de 1901 à 1909) et se réclame maintenant d’une doctrine Donroe, par référence à celle de son lointain prédécesseur, James Monroe, en 1823, qui entendait garder à distance les deux anciennes puissances coloniales européennes – essentiellement l’Espagne et le Portugal – et contenir l’hégémonie libérale montante du Royaume-Uni, fort de sa livre sterling, de sa City et de sa politique de libre-échange forcené.

Trump n’a pas attendu vingt-quatre heures pour avouer ce que chacun avait deviné. L’opération a pour but de s’emparer des réserves pétrolières du Venezuela – les premières du monde ! – et de son industrie extractive, complètement délabrée. Il n’a pas plus de gêne à annoncer la colonisation du pays, ou tout au moins l’instauration d’un protectorat si les indigènes se montrent suffisamment dociles. Avec son sens inégalé du tact, il a d’emblée précisé que María Marina Machado, fi


Jean-François Bayart

Politiste, Professeur à l'IHEID de Genève titulaire de la chaire Yves Oltramare "Religion et politique dans le monde contemporain"