Les universités à l’épreuve de la haine
L’annulation du colloque du Collège de France sur l’Europe et la Palestine, le désastreux épisode de « l’enquête nationale sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur et la recherche », les publications de listes nominatives d’universitaires fonctionnant en réseaux occultes d’influence, lorsque ce ne sont pas des « génocidaires à boycotter » et les polémiques qui s’en sont suivies… Tout cela n’a fait que polariser davantage le monde académique dans une spirale du dénigrement, d’injonction au silence et de mise au pilori réciproque d’un certain nombre d’acteurs. Cette escalade est grave, non seulement, comme l’a pointé France Universités, par l’atteinte qu’elle porte aux libertés académiques, mais aussi parce qu’elle témoigne d’une approche totalement contre-productive de la lutte contre l’antisémitisme.

La loi du 31 juillet 2025 « relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur » est la première à ne pas comporter dans son titre les termes de racisme ni de discrimination ou de xénophobie, comme si l’antisémitisme était à lui seul la matrice de toutes les haines. De la loi Pléven (1972) au plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme (2023-2026) initié par Elisabeth Borne en passant par la loi Gayssot (1990), les deux combats ont toujours été intimement liés, et l’antisémitisme considéré comme une forme spécifique de racisme ou de discrimination. À la différence d’enquêtes plus sérieuses reposant sur des protocoles rigoureux, le sondage abandonné prétendait à l’évidence démontrer l’ampleur de l’antisémitisme à l’université. Dans ses dispositions, la loi du 31 juillet 2025 mettait elle aussi l’antisémitisme en avant, inversant l’ordre des priorités : les établissements d’enseignement supérieur doivent désormais assurer « une formation à la lutte contre l’antisémitisme, le racisme, les discriminations, les violences et la haine », prévenir, détecter et signaler ces faits. Un troisième volet de la loi insiste sur l
