Agriculture

Consentir à l’abattage : de la vache folle à la dermatose (nodulaire contagieuse)

Socio-anthropologue

« On ne se laissera pas abattre. » Le mois de décembre 2025 a été marqué par les mobilisations d’agriculteur.ices opposé.es aux politiques d’abattage comme gestion de la dermatose. Alors que le Salon de l’agriculture a annoncé qu’aucun bovin ne serait présent à l’édition 2026, cette crise est plus que simplement sanitaire : elle révèle le régime contemporain de gouvernement du vivant.

Les crises sanitaires liées aux épidémies animales ne sont jamais de simples épisodes biologiques. Elles constituent des moments de révélation, où affleurent des tensions structurelles longtemps contenues : le rapport ambivalent de l’homme à l’animal, la séparation ordinaire entre production et consommation, et la délégation croissante de la définition du danger à des dispositifs d’expertise sanitaire.

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L’analyse proposée par Frédéric Keck dans l’article « Risques alimentaires et maladies animales – L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments », de la vache folle à la grippe aviaire permet de dégager un ensemble de configurations à partir desquelles ces crises prennent sens, au-delà de leur singularité épidémiologique.

Dans le cas de l’ESB (encéphalopathie spongiforme bovine), la première configuration, nous dit l’auteur, est celle d’une ambivalence constitutive du rapport à l’animal. Dans l’économie alimentaire industrielle, l’animal est d’abord un produit : élevé, transformé, standardisé, rendu invisible comme être vivant. Son existence biologique disparaît derrière la marchandise. La crise sanitaire opère une rupture brutale dans cet ordre discret : l’animal réapparaît soudain comme vivant, mais surtout comme porteur de menace. La vache devient « folle », non plus simple source de protéines mais agent possible de contamination. Ce basculement est décisif : ce qui devait nourrir peut désormais tuer. L’animal-aliment se transforme en animal-problème, et l’angoisse collective naît précisément de cette superposition.

De l’animal-aliment à l’animal-problème

Cette ambivalence devient explosive lorsqu’elle se combine à une seconde configuration : le court-circuit entre production et consommation, habituellement maintenues à distance. La crise de la vache folle révèle ce qui était structurellement occulté : l’alimentation des animaux, les logiques productives, les compromis économiques intégrés au système agro-industriel. Les farines animales, pratique


Bernard Kalaora

Socio-anthropologue, Chercheur à l'IIAC (CNRS, EHESS), ancien président de l’association LITTOCEAN