Le piège du « sionisme »
Vous êtes le président d’une grande puissance, tenu par sa constitution et son histoire à quelques règles de morale. Dans une lointaine province – appelons-la Nouvelle Zemble –, un agitateur sème le trouble en diffusant des idées qui vous paraissent séditieuses. Votre régime se porterait beaucoup mieux s’il disparaissait, mais le droit vous interdit de le faire assassiner.

Vous pouvez toutefois glisser à quelques brillants éléments de vos services spéciaux la phrase : « Nous étions bien mieux avant cet agité de la Nouvelle Zemble ! Si ces temps pouvaient revenir, nous en serions bien aise. » Le lendemain, le factieux se retrouve malheureusement éviscéré après un mortel accident de voiture suivi d’un accidentel incendie. Mais vous pourrez toujours dire que vous n’avez jamais donné l’ordre de l’exécuter, ce qui est, au sens strict, exact.
Pour décrire cette situation les juristes de la CIA ont dans les années 1960 inventé le concept de plausible deniability (difficile à traduire en français ; « dénégation plausible » étant lourd, on gardera le terme original). Il permet de décrire un certain nombre de situations où quelqu’un énonce quelque chose de très compréhensible par ceux à qui cela est adressé, et pris en ce sens, invite à une réaction très spécifique – mais peut toujours, de manière linguistiquement et légalement plausible, nier qu’il l’ait énoncé[1]. On entend surtout cette locution dans les séries consacrées à la politique américaine, comme House of Cards ou The Diplomat. Mais elle me semble tout à fait adaptée pour décrire l’usage du mot « sionisme ».
Même les observateurs les moins attentifs ont pu constater que la vie politique française ces temps-ci est traversée par un spectre – non pas celui du sionisme, mais de la référence au « sionisme ». La dénonciation des crimes du gouvernement israélien comme le soutien à la Palestine s’expriment parfois comme une critique radicale du « sionisme ». Inversement, depuis quelque temps, la réponse politique
