La stigmatisation médiatique des personnes migrantes
Sous le hashtag #migrants, on trouve sur les réseaux sociaux, parmi de nombreuses vidéos de traversées ou de reportages, une série d’images générées par intelligence artificielle. On y voit des embarcations de fortune bondées, des hommes venus du Proche-Orient ou d’Afrique subsaharienne filmés en train de débarquer sur les côtes anglaises, visiblement soulagés après la traversée.

Les légendes sont explicites : « Migrants on the Move », « UK Right Now », « Illegal Immigrants POV ». Ces images n’ont jamais été filmées : elles sont produites à partir de brèves descriptions textuelles. Présentées dans les formats familiers de la vidéo amateur ou du reportage de terrain, elles restent minoritaires, mais déjà largement relayées – témoignant d’un basculement dans la fabrique contemporaine des représentations migratoires.
Ces vidéos ne procèdent plus du montage classique d’images filmées – avec les manipulations qu’il pouvait impliquer –, mais de la fabrication intégrale de faux récits visuels. En empruntant ce qu’on pourrait appeler les « clichés du vrai » – ces signes d’authenticité que l’on retrouve aussi bien aujourd’hui dans l’image amateur que dans le reportage – cadrage tremblé, lumière naturelle, son imparfait –, elles nourrissent les imaginaires de peur et de défiance à l’égard des personnes migrantes. Après quelques visionnages, l’algorithme en propose d’autres : mêmes côtes anglaises, mêmes embarcations, mêmes exclamations de soulagement. À partir de ces observations, on peut distinguer deux grandes formes de ces productions : le faux témoignage, qui simule la prise de parole directe d’un migrant qui se filme lui-même, et le faux reportage de terrain, où de prétendus journalistes interrogent des migrants à l’arrivée.
Dans les premières, des hommes – dans la grande majorité des cas – se filment en mode selfie, exprimant leur joie d’accoster en Europe après la traversée. Leur mise en scène rejoue certains gestes récurrents dans les représentations du déba
