Écologie

Face à la mer qui monte : entre ombrelle et tractopelle

Socio-anthropologue

Pourquoi rester rivés, contre vents et marées, à une illusion de maîtrise totale face à l’érosion des littoraux ? En lieu et place des mesures de colmatage tentant de pallier ou prévenir les dégâts causés par les tempêtes, apprendre à renoncer est le meilleur moyen de s’adapter, politiquement, socialement et économiquement, en acceptant de regarder en face l’inéluctable avancée des mers et océans.

La mer monte. Elle ne redescendra pas, tout du moins à l’échelle des temps géologiques. Tout le monde le sait, mais chacun le dit à sa façon – et cette façon de dire révèle déjà une manière de concevoir le monde, ses institutions et ses attachements. L’été 2025 a donné une illustration parfaite de ce contraste.

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Dans The New York Times du 24 novembre 2024, Nathaniel Rich publiait un article au titre paradoxal : « New Orleans’ Striking Advantage in the Age of Climate Change ». L’avantage de la Nouvelle-Orléans, écrivait-il, est d’avoir déjà connu la catastrophe, d’avoir intégré dans son tissu urbain et social une conscience aiguë du désastre. « Living in New Orleans engenders hurricane expertise and hurricane fatalism », écrit Rich : vivre à la Nouvelle-Orléans forge une double compétence, celle de l’expertise face aux ouragans et celle d’un fatalisme lucide. Et encore : « New Orleans is both a model for how to prepare for climate catastrophe, and a warning about how to live with it » – un modèle d’adaptation et un avertissement sur ce que signifie vivre dans l’ombre du désastre. Sa lucidité, ici, n’est pas une option mais une condition de survie.

À l’autre bout de l’Atlantique, Le Monde publiait, le 4 septembre 2025, un entretien avec Gonéri Le Cozannet, ingénieur et spécialiste reconnu de l’adaptation au changement climatique, sous le titre : « L’un des risques de la montée des eaux, c’est qu’on n’ait pas le temps de s’adapter ». Le Cozannet insistait sur le fait qu’une élévation de quelques dizaines de centimètres suffisait à multiplier les risques d’événements extrêmes. « La montée des eaux, ce n’est pas un futur lointain, c’est déjà une réalité », affirmait-il. Mais la liste des mesures qu’il proposait tenait du guide pratique : surélever les installations électriques, éviter les garages au rez-de-chaussée, renforcer ponctuellement des digues, verser du sable sur les plages, ériger des dunes artificielles. Autant de gestes utiles, mais qui donnent l’imp


[1] Comité Régional du Tourisme Côte d’Azur France, Bilan du tourisme 2023 (11 millions de séjours touristiques) ; INSEE, Fréquentation touristique en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2023 (54 millions de nuitées).

[2] INSEE, Fréquentation touristique en Bretagne en 2023 (26,5 millions de nuitées) ; Comité Régional du Tourisme de Bretagne, Bilan touristique annuel 2023 (73 % des nuitées concentrées entre avril et septembre)

Bernard Kalaora

Socio-anthropologue, Chercheur à l'IIAC (CNRS, EHESS), ancien président de l’association LITTOCEAN

Notes

[1] Comité Régional du Tourisme Côte d’Azur France, Bilan du tourisme 2023 (11 millions de séjours touristiques) ; INSEE, Fréquentation touristique en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2023 (54 millions de nuitées).

[2] INSEE, Fréquentation touristique en Bretagne en 2023 (26,5 millions de nuitées) ; Comité Régional du Tourisme de Bretagne, Bilan touristique annuel 2023 (73 % des nuitées concentrées entre avril et septembre)