Écologie

Lost in circularity : retour de l’exposition universelle d’Osaka

Sociologue , Sociologue

Installée sur une ancienne décharge industrielle, l’Exposition universelle 2025 d’Osaka met en scène une promesse de circularité totale. Entre pavillons recyclables, et plastiques « verts », elle célèbre une société où la technologie absorberait déchets et crises. Mais derrière l’esthétique durable affleure une question plus dérangeante : recycle-t-on vraiment le monde, ou seulement son image ?

Une exposition universelle bâtie sur une décharge industrielle, le geste est d’une honnêteté brutale ! L’Exposition universelle 2025 d’Osaka ne cache pas ses contradictions, elle les exhibe dans un cynisme postmoderne. Le monde est abîmé, nos modes de vie sont insoutenables, mais le capitalisme absorbe tout, recycle tout, s’enracine partout et ose même faire de ses ruines le théâtre démontable de sa célébration.

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Nous sommes le 10 octobre 2025, dans la baie d’Osaka, noyés au milieu de plus de 150 000 visiteurs principalement japonais, tout juste rejetés par la bouche géante du métro ; nous découvrons l’immense anneau de bois – le « Grand Ring » – qui sert de rempart idéologique à cette exposition au slogan séduisant : « Concevoir la société du futur, imaginer notre vie de demain ». Ici, tout est écologique, recyclable, harmonieux et circulaire. Aucun lapin blanc pour nous guider et pourtant l’onirique est partout : nous sommes sur l’île artificielle Yumeshima, littéralement « l’île du rêve », qui s’étend sur 390 hectares et qui a émergé à partir de 1977 dans cette baie industrielle. Yumeshima a été créée à partir de cendres d’incinération, de sols de dragage et de déchets de construction.

L’absence du lapin est un signe, les boues et autres déchets enfouis dans la décharge émettent constamment du méthane qui a causé des explosions lors des travaux d’emménagement. Mais la technique peut tout, aucun incident depuis l’ouverture de l’exposition, les capteurs ont fait leur travail. Le lapin est prudent et son odorat sensible, il sait par ailleurs que toute la biodiversité qui était parvenue à s’incruster malgré tout sur cette île, au point que celle-ci était qualifiée de « hotspot » par les sociétés de préservation de la faune locale, avec ses zones humides et ses oiseaux migrateurs rares, ne pouvait qu’être expulsée, écrasée, détruite en conscience par les nécessités logistiques d’une telle manifestation.

Les coulisses du rêve sont pleines d’ironie : l’expositi


[1] Frederic Jameson, Postmodernism, or The Cultural Logic of Late Capitalism, Duke University Press, 1991.

[2] Florence Pinot de Villechenon, Fêtes géantes. Les expositions universelles, pour quoi faire ?,  Éditions Autrement, 2000.

[3] Roland Barthes, « Le plastique » in Mythologies, Seuil, 1957.

[4] Voir le rapport ESCo et les résultats de l’expertise scientifique collective : Plastiques utilisés en agriculture et pour l’alimentation : usages, propriétés et impacts. Résumé du rapport de l’expertise scientifique collective – 23 mai 2025, INRAE-CNRS, 2025.

[5] Sophie Houdart, L’universel à vue d’œil, Éditions Pétra, 2013.

 

Sébastien Dalgalarrondo

Sociologue , chargé de recherche au CNRS (Iris - EHESS, Paris)

Tristan Fournier

Sociologue , chargé de recherche au CNRS (Iris - EHESS, Paris)

Notes

[1] Frederic Jameson, Postmodernism, or The Cultural Logic of Late Capitalism, Duke University Press, 1991.

[2] Florence Pinot de Villechenon, Fêtes géantes. Les expositions universelles, pour quoi faire ?,  Éditions Autrement, 2000.

[3] Roland Barthes, « Le plastique » in Mythologies, Seuil, 1957.

[4] Voir le rapport ESCo et les résultats de l’expertise scientifique collective : Plastiques utilisés en agriculture et pour l’alimentation : usages, propriétés et impacts. Résumé du rapport de l’expertise scientifique collective – 23 mai 2025, INRAE-CNRS, 2025.

[5] Sophie Houdart, L’universel à vue d’œil, Éditions Pétra, 2013.