Violences d’extrême gauche et responsabilité morale
Le meurtre du jeune militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon et le lynchage politico-médiatique qui s’en est suivi de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise pour insuffisante prise de distance avec les meurtriers (apparemment des « antifa » de la Jeune Garde) m’interpellent tout particulièrement. Il y a un quart de siècle, alors candidat désigné par les Verts à l’élection présidentielle, j’ai subi le même lynchage pour ne pas avoir condamné en termes suffisamment sévères l’assassinat du préfet Érignac en Corse. Ce qui m’a conduit à une réflexion plus profonde sur la violence d’extrême gauche et sur la responsabilité morale des intellectuels et responsables de gauche vis-à-vis de cette violence.

Avant d’en revenir aux similitudes et différences entre les deux drames, je commencerai par un détour sur ce qui fut mon éducation politique en matière de « responsabilité morale » vis-à-vis de la violence de gauche : la fin des puissantes organisations révolutionnaires italiennes des années 1970.
Les « années noires » italiennes
Lotta continua, dirigée par Adriano Sofri, eut une profonde influence sur moi et sur mon groupuscule d’alors, la Gauche ouvrière et paysanne (GOP). Avec la petite organisation Potere operaio de Toni Negri, elle incarnait la mise en œuvre de l’« opéraïsme italien », interprétation strictement matérialiste et spontanéiste des mouvements sociaux, en particulier du mouvement ouvrier. Mais l’opéraïsme se convertira, après son échec en féminisme, en mouvement des « Indiens métropolitains », toujours avec cette conception matérialiste selon laquelle un mouvement social est le mouvement spontané qui abolit un état présent de domination et d’oppression. Une telle approche a l’avantage de susciter l’attention vers « les contenus s’exprimant dans les luttes », mais le défaut de réduire la politique à un affrontement binaire (le plan du Capital / le contre-plan de la classe ouvrière).
J’étais proche d’un des dirigeants de Lotta continua,
