Santé

La psychanalyse, hors-sujet

Aidant et Historien

Depuis que la Haute Autorité de Santé a recommandé de leur soustraire l’accompagnement de l’autisme, les milieux de la psychanalyse multiplient les tribunes au nom d’un « soin humaniste et démocratique ». Cinq ans de parcours aux côtés d’un proche gravement atteint suffisent à mesurer ce que valent de telles invocations – et à quelle médecine concrète, sans effets de manche, elles s’opposent.

« L’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine. Si ces dispositions venaient à disparaître comme elles sont apparues […], alors on peut bien parier que l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable. »
Michel Foucault, Les Mots et les Choses, 1966

Ma messagerie et mon fil Facebook sont inondés, depuis plusieurs semaines, de pétitions, de tribunes et autres pensums défendant, en réaction aux recommandations sur l’accompagnement de l’autisme récemment édictées par la Haute Autorité de Santé, la pratique d’un « soin humaniste et démocratique ».

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La plupart de ces libelles sont issus des milieux de la psychanalyse, puisque ce dont il est question, dans les recommandations de la HAS, c’est de soustraire le diagnostic et l’accompagnement de l’autisme à la psychanalyse – dont il faut ici rappeler qu’elle a, à maintes reprises, été accusée par les associations de familles de personnes diagnostiquées d’un TSA (trouble du spectre de l’autisme) de pratiques maltraitantes à leur encontre (maltraitance physique avec la pratique du « packing » consistant à envelopper un enfant autiste dans un linge humide froid pour lui faire « retrouver le sens de sa corporéité », maltraitance psychologique avec la culpabilisation des « mères frigidaires » ou des familles à « émotions exprimées négatives »).

Ce dont je voudrais témoigner ici, brièvement, c’est de ma propre expérience de traversée du « monde psy » au titre d’accompagnant, depuis bientôt cinq ans, d’un proche souffrant d’un grave trouble psychiatrique (et qui se trouve aussi être autiste de « type Asperger »). Au fil de ce périple, j’ai croisé, pour le meilleur et surtout pour le pire, bien des figures emblématiques du « soin psychique » dans sa version hexagonale : le « psychologue-énergéticien » pour qui l’agitation psychomotrice relevait d’un problème d’exercice de l’autorité parentale ; le psychiatre libéral bien formé


Romain Bertrand

Aidant et Historien, Directeur de recherche au CERI