Culture

Contre Bolloré – joyeuses puissances du « vouloir-écrire »

Écrivain

En balayant d’un revers de main la fronde des écrivains contre sa dictature (« ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés », dixit), Bolloré éclaire le distinguo entre l’industrie du livre et la littérature. Qu’est-ce qui fait écrire les écrivains et lire les lecteurs ? Tout ce qui touche à la question artistique, sa médiatisation, ses représentations sociales, est profondément politique.

Ce que je m’apprête à exprimer au cœur de cet article relève à n’en pas douter d’une forme d’utopie — je n’y atteindrai pas davantage qu’à l’horizon.

Mais voilà précisément si j’y songe qu’aussitôt l’horizon s’élargit : voilà que retrouvant le goût de cet horizon je dégage les épaules pour respirer à pleins poumons, regardant au plus loin plutôt que de demeurer les yeux rivés sur mes pieds à redouter les godillots de Bolloré ou de ses sbires, ou comment penser avec ses pieds : au point d’oublier que cette mainmise brutale de Bolloré sur un large pan de l’édition dite littéraire ne résulte pas uniquement du combat idéologique qu’il porte ; elle n’a été rendue possible que par un glissement très progressif, fait de renoncements successifs, de l’édition tout entière, à des degrés divers mais toujours au nom d’une « rationalisation » économique de la chaîne du livre.

Depuis un quart de siècle, l’édition et la presse dites littéraires ont déserté toute réflexion considérée comme théorique qui « n’intéresserait plus personne », mais dont l’absence aura assurément profité à une mécanique de la « prescription », c’est-à-dire (soyons clair) une mécanique de la promotion et de la vente d’ouvrages de divertissement concurrentiels, de préférence en évitant d’interroger leur nécessité et tout peut alors se résumer à des courbes, des statistiques, des stratégies, des projections, le nez dans les chiffres, peu importe l’ivresse ou le contenu, tant que le contenant trouve acquéreur selon les lois du marketing (puisqu’il faut que les Français lisent davantage, n’est-ce pas, et peu importe quoi ?).

L’horizon demeure, pourtant : c’est très exactement ce que j’ai pensé, ou plus exactement éprouvé avec bonheur, alors que refermant les articles de presse sur ce que j’appellerai l’affaire Grasset, qui ne sera ici qu’un prétexte lourd de conséquences, je replongeais dans mon chantier en cours, préparant une séance du séminaire informel que j’anime depuis une dizaine d’années à propos de


[1] Ève Mascarau, « L’entrée en scène chez Louis Jouvet », Agôn, 5, 2012, mis en ligne le 25 janvier 2013, consulté le 12 mai 2026.

Bertrand Leclair

Écrivain, Critique littéraire

Mots-clés

Extrême droite

Notes

[1] Ève Mascarau, « L’entrée en scène chez Louis Jouvet », Agôn, 5, 2012, mis en ligne le 25 janvier 2013, consulté le 12 mai 2026.