Pour une culture du consentement, réhabiliter les capabilités du refus
L’année 2017 a marqué un tournant mondial dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles : les sociétés occidentales ont entrepris une réforme discursive, et pour certaines juridique, du consentement sexuel.

La France a suivi ce mouvement : campagnes de prévention dans les universités, plans de formation d’agent·es dans le public comme dans le privé, débats législatifs sur sa définition, renforcement de l’EVARS autour de « l’éducation au consentement »… Le mot se répand dans le vocabulaire des institutions, des médias, jusqu’aux applications de rencontre qui affichent désormais leurs recommandations en matière de respect mutuel, tout comme certaines plateformes de sites pornographiques.
Cette évolution normative apparaît positive pour régler le décalage entre demande citoyenne et réponse institutionnelle. Mais cette « culture du consentement » qui entend lutter contre les violences sexuelles, suppose que chacun·e soit en mesure de dire oui ou non librement, c’est pourquoi les solutions proposées s’orientent vers l’éducation, la communication et la répression. Il s’agirait ainsi de développer des compétences psycho-sociales pour entendre ce oui ou ce non, générer de l’empathie afin de le respecter, apprendre à le demander explicitement, et si cela ne suffit pas, être sanctionné·e et ré-éduqué·e via des formations et/ou de la médicamentation. Au-delà du problème politique que génère cette vision individualisée des violences sexuelles, se pose une question matérielle : dans quelles conditions le refus est-il réellement possible, à exprimer, à penser, à s’autoriser ?
Je m’inscris dans la lignée des courants féministes critiques qui pensent que, tout comme le consentement, il ne s’agit pas de réduire le refus à un acte de volonté individuelle, ni à une question de communication dans le couple. Il s’agit d’examiner les conditions matérielles, symboliques, relationnelles et individuelles qui le rendent réellement praticable, et sans lesquelles le choix
