Renouveler la représentativité démocratique
En 2023, à l’occasion du dernier renouvellement d’une partie des sénateurs, la presse et le Sénat lui-même ont fait part d’un bouleversement inédit : pour la première fois, l’âge moyen des membres de la chambre haute passait sous la barre symbolique des 60 ans. À la question « est-il vrai que les sénateurs sont tous vieux », le site Sénat Infox répondait donc avec vigueur « faux », même si la barre était franchie de peu avec un âge moyen de 59 ans et 11 mois.

Cette petite victoire, assortie d’une victoire plus petite encore concernant la parité hommes/femmes (36 % seulement), ne mériterait peut-être pas de retenir l’attention dans un texte en partie programmatique si elle ne soulevait en fait une difficulté réelle au sujet de la représentativité des institutions représentatives et des décisions que celles-ci s’autorisent à prendre.
Longtemps, c’est le vieux principe hérité du droit privé Quod Omnes Tangit (« ce qui concerne tout le monde doit être décidé par tout le monde ») qui a fondé la légitimité des assemblées représentatives et du modèle républicain, qu’il s’agisse des conciles généraux, des États Généraux du royaume de France, des assemblées d’habitants ou d’autres corps collectifs. Cette conception très particulière de la représentation politique s’accommodait dans les faits de régimes ou de systèmes politiques très dissemblables, dans lesquels la réalité du pouvoir était exercée par une petite élite qui prétendait incarner la collectivité. Avec la naissance du régime représentatif moderne, au cours des XVIIe-XVIIIe siècles, elle laissa la place à une autre manière de penser la représentation, sur le modèle de la délégation : les habitants, les citoyens, les électeurs choisissaient ceux à qui ils confiaient le soin de prendre pour eux et en leur nom les décisions.
Ce passage de la représentation-incarnation à la représentation-délégation avait, dit-on, l’avantage de permettre l’extension de la forme républicaine de la décision collective à de gran
