Numérique

Pour un droit à l’opacité des artistes

Auteur, Artiste et Musicien

Sommer chaque œuvre de se déclarer « authentiquement humaine » ou « synthétique », comme le veut la charte sur l’IA proposée par la SCAM et la SACD, c’est ériger l’origine en valeur et faire peser sur les seuls artistes une exigence de lisibilité dont les plateformes sont dispensées. Or, de la bande dessinée, médium machinique par essence, aux jeux d’attribution de Nougé, Mariën ou Broodthaers, la création n’a jamais été traçable. Sous l’éthique affichée perce une crise de modèle économique.

Il y a un an, on m’a soumis pour signature une charte pour l’usage responsable de l’intelligence artificielle dans le secteur du livre, élaborée conjointement par la SCAM et la SACD, les sociétés de gestion collective du droit d’auteur qui gouvernent une grande partie de la vie professionnelle d’un·e auteurice belge.

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Le premier impératif — présenté comme une obligation, non comme une simple recommandation — était la transparence, et les demandes étaient concrètes : les artistes et les écrivain·es doivent exposer leurs protocoles, leurs outils et leurs processus de production ; chaque œuvre doit être déclarée soit « authentiquement humaine » soit « synthétique » ; cette déclaration relève de la « responsabilité individuelle » de l’auteurice — notion qui est elle-même symptomatiquement problématique, tant elle signale une institution qui ne peut plus répondre de son propre fonctionnement et se retourne vers ses membres —, selon des formes d’expression encodées dans un ensemble de « lignes de conduite ». Un comité d’experts sera chargé de superviser tout cela, sans préciser qui sont ces experts, selon quels critères ils ont été choisis, ni quels intérêts ils représentent. L’ensemble de l’appareil fonctionne dans une seule direction : vers nous, les auteurices et les artistes, et s’éloigne des plateformes dont on nous demande maintenant de déclarer les outils.

J’ai refusé de signer cette charte publiquement, dans une tribune parue dans Le Soir en mai 2025. La longue controverse qui a suivi, dans les tribunes, un panel, et dans des échanges privés avec Frédéric Young, le délégué général de la SCAM, comptait moins par ce qu’elle résolvait que par ce qu’elle révélait. Je veux m’en saisir comme d’un instrument diagnostique. Cette charte n’est pas, au fond, une question éthique. C’est une question sur ce que fait une société de gestion collective du droit d’auteur quand le monde cesse d’être lisible pour elle.

La charte, en sommant chaque œuvre de se déclarer authe


Ilan Manouach

Auteur, Artiste et Musicien, Docteur en art et design et chercheur spécialisé dans la bande dessinée