Défendre les SHS : une nécessité pour tous les scientifiques
Le 26 février 2025, cinq semaines après l’investiture de Donald Trump, le physicien Lawrence Krauss et le psychologue Steven Pinker ouvraient les précommandes de The War on Science, recueil de trente-neuf universitaires accusant les sciences humaines et sociales (SHS), forcément « wokistes », de menacer la liberté scientifique par manque de rigueur. La parution était annoncée pour le 29 juillet.

Dans l’intervalle, l’administration gelait 400 millions de dollars à Columbia puis 2,2 milliards à Harvard, l’université de Pinker, lequel devait la défendre le 23 mai dans le New York Times contre des coupes que sa propre grammaire avait légitimées. Le livre a paru à la date prévue, sans que sa thèse ait bougé.
Défendre les sciences humaines et sociales, une exigence pour tous les scientifiques
En France, la reconfiguration en cours de l’enseignement supérieur (contractualisation des budgets, dérégulation du secteur privé) emprunte les mêmes instruments. Les universitaires français de toutes les disciplines qui reprennent depuis vingt ans l’accusation de militantisme envers les SHS gagneraient donc à se demander où nous nous situons sur cette trajectoire.
J’écris depuis la biologie : défendre les SHS n’est pas seulement une affaire de solidarité corporative ou de générosité envers des disciplines fragilisées, mais aussi un intérêt bien compris. Bruno Andreotti, Kristel Chanard et Camille Noûs ont décrit ici même l’économie politique de cette offensive, la coalition d’intérêts qui la porte et les conditions d’une résistance collective.
Je prends la question par un autre bout, celui de la caution savante, car celle-ci n’a pas été fournie du « dehors », par des officines, mais du dedans : par des universitaires en poste dans des institutions respectées, et sous le nom de science. Le vocabulaire de la scientificité, de l’excellence et de la performance est celui par lequel un pouvoir convertit une évaluation « neutre » en couperet budgétaire. J’appellerai grammaire ce
