Littérature

Hyper contemporain – sur Insula de Théo Casciani

Écrivain

On avait découvert le jeune Théo Casciani en 2019 par un texte pour AOC, puis un premier roman particulièrement ambitieux, Rétine. Il a depuis multiplié les expériences dans le domaine de l’art contemporain, comme performeur ou concepteur d’expositions, et voilà qu’il livre un second roman assez saisissant, Insula, qui questionne l’objet littéraire en confrontant réalité virtuelle et puissance vécue de la mort : une drôle d’aventure.

Il faut prendre au sérieux le titre du deuxième roman de Théo Casciani : Insula. Ou plus précisément, il faut en saluer la force d’évocation et d’évidence, qui suffit presque à programmer – comme un jeu vidéo – l’ensemble de ce livre audacieux et complexe, six ans déjà après Rétine, qui avait révélé la personnalité singulière d’un jeune auteur et artiste engagé dans de nombreuses aventures collaboratives, à la croisée de l’exposition et de la performance.

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« Insula », c’est en latin la désignation d’une île, mais aussi, à partir de là, de ce que l’on peut appeler un îlot, dans son acception urbanistique, attestée dès le monde romain : un ensemble d’édifices défini par les rues qui l’entourent, et qui forme un tout complexe mais cohérent, saisi dans son rapport au dehors. Ainsi le roman se conçoit-il dès son titre, avant même de passer le seuil de sa couverture, comme une île ou un îlot : un monde, une structure, une identité, ouverte aux multiples mais circonscrite par la pertinence du mot unique qui la désigne. La suite va le confirmer, qui mérite explicitation.

Insula est un roman hyper contemporain : un dispositif, où nous embarque l’auteur dès son premier chapitre aux allures de morceau de bravoure, qui raconte en une suite de brèves séquences – qui sont autant de lignes de fuite – quelque chose comme une orgie, entre rêverie virtuelle et réalité pornographique, dans un bâtiment désaffecté de Londres, donnant à la fois sur le ciel et sur la ville, selon un jeu assez vertigineux de miroitements entre le dehors et le dedans. Le jeu, du reste, est la clé du texte, auquel on accède par l’ingestion d’une pilule chimique, une drogue et peut-être un poison, qui s’appelle précisément « INSULA ». Le narrateur et double probable de l’auteur se tient à la lisière de ce monde insulaire, dans l’entre-deux de ses possibles : qu’est-ce qui relève simplement de l’imagination ? et qu’est-ce qui appartient au corps du récit, où prolifèrent comme des rimes les signes de s


Fabrice Gabriel

Écrivain, Critique littéraire