Que font les jeunes sur les réseaux sociaux
Dans un article publié dans Le Monde le premier novembre 2025, l’aventure du magazine J’aime Lire est retracée sur près de cinquante ans d’existence. « Avec 587 histoires publiées à ce jour, J’aime Lire est un baromètre de notre regard sur l’enfance », écrit le journaliste Adrien Le Gal.

Intéressant en effet de voir évoluer la perspective adulte sur les univers sociaux et culturels des enfants depuis 1977. Par exemple, les « châtiments corporels » ont été éradiquées des histoires du magazine, à défaut de l’être dans la vraie vie. Les rôles de genre se sont diversifiés et les représentations du champ des possibles, des actions et des émotions, ont été décloisonnées.
Une autre évolution a particulièrement retenu mon attention : « Les romans d’anticipation se raréfient […] L’avenir ne fait plus rêver les enfants, ou, en tous cas, il n’inspire plus les auteurs. » Delphine Saulière, directrice des rédactions Bayard Jeunesse constate, d’une part, que les histoires dramatiques n’ont plus la cote[1], et d’autre part, que l’avenir serait devenu trop « anxiogène » pour être proposé aux enfants. Pourtant, nos enfants vont bien devoir s’y construire et y vivre, dans ce futur indésirable. La question se pose alors de savoir qui prend en charge l’imaginaire culturel qui façonne les représentations de soi, des autres et du monde social. Cet article propose d’apporter un début de réponse avec une analyse ancrée dans l’étude des usages adolescents des réseaux sociaux. Elle est issue de mes travaux de recherche sur la socialisation juvénile et d’un cours de socio-anthropologie des cultures numériques donné à l’Université de Genève (Master Communication et cultures numériques, Medialab, Faculté des sciences de la société).
Lorsque j’étais adolescente, dans les années 1990, tous les contenus médiatiques que je consommais étaient produits, écrits et réalisés par des adultes. La représentation des mineur.es, enfants et adolescent.es, la problématisation de leurs expériences, de
