Penser le monde d’aujourd’hui avec des idées d’hier : Luis Vassy et l’international
Le texte récemment publié dans Le Grand Continent par Luis Vassy, directeur de Sciences Po Paris depuis 2024, ambitionne de proposer une réflexion générale sur la place de l’international dans l’enseignement supérieur, sur les transformations du monde contemporain et sur le rôle que devrait jouer Sciences Po. L’entreprise est légitime.

Dans un contexte marqué par le retour de la guerre en Europe, la recomposition des hiérarchies internationales, la montée des tensions géopolitiques, sanitaires ou environnementales, la question des rapports entre savoirs académiques et politiques publiques dans le domaine des relations internationales mérite d’être posée. Ce qui est moins légitime, c’est la confusion entre stratégie d’établissement et interventionnisme épistémologique, voire la volonté de prédéterminer les conclusions des recherches en cours avec en sous-texte une attaque contre les chercheurs de l’institution qu’il dirige. Au cœur du texte, la référence un peu surprenante à Pierre Bourdieu, grand défenseur de l’autonomie du champ scientifique, apparaît ici comme le signe de ce décalage entre l’univers de la recherche et celui d’un haut fonctionnaire.
Une étrange amnésie
Les analyses de Luis Vassy qui fondent la réforme imposée à Sciences Po sont datées, car ignorantes de l’état de la recherche. Il y aurait ici beaucoup à dire, mais nous nous limiterons à rappeler quelques acquis de la science normale.
L’une des affirmations centrales du texte réside dans l’idée qu’« il manque quelque chose dans notre manière collective de penser le monde » et suggère que les sciences humaines et sociales auraient davantage étudié les sociétés que « ce qui se joue entre elles ». L’étude des relations internationales se devrait donc de privilégier « le cadre externe » des sociétés, car « la différence entre ces deux cadres est radicale ». Cette proposition, directement issue de l’école réaliste en relations internationales (RI), n’est pas anodine, elle constitue de fait le v
