Enseignement supérieur et recherche

Violences sexistes et sexuelles à l’université

Enseignante chercheuse

L’université française a fait de l’égalité une priorité affichée. Elle a créé des cellules, des chartes, des plateformes, des formations. Elle n’a pas touché aux logiques de domination qui font d’elle un terrain propice aux violences sexistes et sexuelles – ni aux baronnies qui protègent les agresseurs, ni aux procédures qui épuisent les victimes jusqu’à les faire taire. Cinq ans d’observation dans une université révèlent l’écart entre le discours et ce qui se passe réellement.

En 2020, une doctorante contractuelle de l’université de Lorraine mettait fin à ses jours [1] en laissant un mot incriminant son directeur de thèse, dont les agissements étaient connus et signalés.

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Quelques semaines plus tard, des personnels et étudiants·es de cette université fondaient le Collectif de lutte contre le harcèlement à l’Université – le Cha-U –, pour mobiliser une prise de conscience collective et participer à la réflexion sur les violences et le harcèlement sexistes et sexuels dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR). Nous n’étions pas spécialistes du sujet mais faisions régulièrement face à des problèmes, de gravité diverses, qui nous laissaient démuni·es et nous rendions complices d’une institution peu armée pour juguler les violences qu’elle contribue à générer. Le drame qui venait de se produire nous a foudroyés et jointes à l’action.

Alors que commençaient à paraître des chiffres affolants (un étudiant·e sur dix a subi une agression sexuelle, un sur vingt un viol [2]), et que les dispositifs EDI (Égalité-Diversité-Inclusion) se mettaient en place dans les universités, nous avons souhaité faire de notre collectif un espace où partager nos expériences et mettre à profit nos connaissances pour penser les violences systémiques s’exerçant dans ces lieux de savoir et de pouvoir que sont nos départements et nos laboratoires. Notre objectif premier : caractériser les spécificités des VSS dans l’ESR, en portant une attention particulière à la relation enseignant·e/enseigné·e – quand l’autorité intellectuelle se pare d’un prestige renforcé qui limite drastiquement la liberté à consentir d’étudiant·es par ailleurs confronté·es à une précarisation et à une fragilisation [3] croissantes (25 % vivent avec moins de 100 euros par mois une fois leur loyer réglé). Il s’agissait, en croisant nos disciplines et en prenant notre université pour terrain d’étude, d’aiguiser notre regard sur les rapports de domination inscrits dans nos habitus acadé


[1] Certains passages de cet article évoquent des violences faites aux femmes et des viols.

[2] Voir l’Enquête nationale 2020 et le Baromètre national 2023 de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur.

[3] Moins d’un étudiant·e sur deux se considère en bonne santé mentale

[4] Le CLASCHES (Collectif anti-sexiste de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur), qui mène depuis 2002 un travail pionnier et colossal, nous a formé·es, accompagné·es et solidement épaulé·es dans certaines batailles.

[5] « Lutte contre les VSS dans l’enseignement supérieur et la recherche. Penser les pratiques. Armer la théorie ». Cette JE a rassemblé 130 personnes..

[6] La Conférence permanente des chargé·es de mission Égalité Diversité en a annoncé le lancement lors des Rencontres de la CPED des 4 et 5 décembre 2025 à Paris-Saclay.

[7] Il y a bien sûr des agresseuses dans les universités, et il arrive que des femmes soient suspendues pour harcèlement. Cependant, dans la totalité des cas auxquels nous avons eu affaire au Cha-U en matière de VSS ces cinq dernières années, les agresseurs étaient des hommes, ce qui confirme les données des enquêtes sur la question, à savoir que les auteurs signalés sont majoritairement des hommes. Ainsi, les mots « agresseur », « harceleur » et « violeur » seront au masculin dans l’article.

[8] La division sexuelle du travail perdure dans l’ESR ; les femmes demeurent surreprésentées parmi les corps et les grades les moins rémunérés, le recrutement des femmes maîtresses de conférences, qui n’a toujours pas atteint la parité, ne progresse plus depuis une dizaine d’années.

[9] Voir l’article pionnier de Coline Cardi, Delphine Naudier et Geneviève Pruvost, « Les rapports sociaux de sexe à l’université : au cœur d’une triple dénégation », L’Homme & La Société, Éditions ARSSH, n° 158, oct.-déc. 2005.

[10] Par exemple, la lutte contre les discriminations fondées sur l’origine peine encore à trouver sa place

Charlotte Lacoste

Enseignante chercheuse, Maîtresse de conférences en langue et littérature françaises ;Cofondatrice et coresponsable du Collectif de lutte contre le harcèlement à l'Université

Notes

[1] Certains passages de cet article évoquent des violences faites aux femmes et des viols.

[2] Voir l’Enquête nationale 2020 et le Baromètre national 2023 de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur.

[3] Moins d’un étudiant·e sur deux se considère en bonne santé mentale

[4] Le CLASCHES (Collectif anti-sexiste de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur), qui mène depuis 2002 un travail pionnier et colossal, nous a formé·es, accompagné·es et solidement épaulé·es dans certaines batailles.

[5] « Lutte contre les VSS dans l’enseignement supérieur et la recherche. Penser les pratiques. Armer la théorie ». Cette JE a rassemblé 130 personnes..

[6] La Conférence permanente des chargé·es de mission Égalité Diversité en a annoncé le lancement lors des Rencontres de la CPED des 4 et 5 décembre 2025 à Paris-Saclay.

[7] Il y a bien sûr des agresseuses dans les universités, et il arrive que des femmes soient suspendues pour harcèlement. Cependant, dans la totalité des cas auxquels nous avons eu affaire au Cha-U en matière de VSS ces cinq dernières années, les agresseurs étaient des hommes, ce qui confirme les données des enquêtes sur la question, à savoir que les auteurs signalés sont majoritairement des hommes. Ainsi, les mots « agresseur », « harceleur » et « violeur » seront au masculin dans l’article.

[8] La division sexuelle du travail perdure dans l’ESR ; les femmes demeurent surreprésentées parmi les corps et les grades les moins rémunérés, le recrutement des femmes maîtresses de conférences, qui n’a toujours pas atteint la parité, ne progresse plus depuis une dizaine d’années.

[9] Voir l’article pionnier de Coline Cardi, Delphine Naudier et Geneviève Pruvost, « Les rapports sociaux de sexe à l’université : au cœur d’une triple dénégation », L’Homme & La Société, Éditions ARSSH, n° 158, oct.-déc. 2005.

[10] Par exemple, la lutte contre les discriminations fondées sur l’origine peine encore à trouver sa place