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Politique

Black bloc : le mot, la chose, la représentation

sociologue

« Black bloc » : de quoi est-il question ? Mouvement, mouvance, organisation composent le vocabulaire descriptif encore couramment employé dans les discours médiatiques des ces derniers jours. A contrario, tactique, technique, répertoire d’action sont quelques notions savantes associées à un phénomène dont l’histoire récente est avant tout jalonnée de questionnements cloisonnés.

Ce qui s’est déroulé le 1er mai dernier aux alentours du pont d’Austerlitz à Paris ne porte le nom de « black bloc » que sous conditions. Il est des cortèges cagoulés, qui, par le passé, furent qualifiés différemment — le défilé du collectif étasunien Black Mask Group dans les rues de Wall Street au mois de février 1967 est rarement décrit comme tel[1]. Assurément, il est des rassemblements émaillés ou non d’actions violentes qui, dans le futur, draineront d’autres qualificatifs. Pour l’heure, et depuis près de quatre décennies, le black bloc est le nom consacré d’une esthétique du politique construite à même l’espace urbain : apparaître cagoulé et vêtu de noir le temps d’une manifestation. Définition qui ne néglige ni la réalité matérielle des institutions combattues, ni l’expérience vécue des pratiques militantes. Il s’agit d’une représentation (en son sens verbal et visuel) critique de la représentation (en son sens politique). Un conflit des représentations. Une image des temps.

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Maxime Boidy

sociologue, post-doctorant au Cresppa LabToP