A Analyse

Marges et pouvoir dans l’espace (post-) ottoman

Historien et politiste

L’histoire de l’empire Ottoman a été, de façon surprenante, déterminée par des acteurs venant des marges. Ce n’est pas un cas isolé, et analyser plusieurs moments forts de l’entrée en action des marges capables de bousculer les systèmes politiques existants au prix d’une grande violence, permet d’appréhender une pratique du pouvoir comme celle de Recep Tayipp Erdogan aujourd’hui.

Pour comprendre la pratique du pouvoir de Recep Tayipp Erdogan aujourd’hui, il faut prendre au sérieux les références permanentes du président turc à l’empire Ottoman. En particulier, s’interroger sur le rôle des marges dans l’histoire de l’Empire Ottoman finissant qui nous permet de saisir la nature extrêmement brutale de la rupture, mais aussi, dans certains cas, celle, tout aussi violente, des continuités qui s’établissent dans la durée entre l’« ancien régime » et le nouveau.

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Cette histoire, comme celle de ses héritiers dans le monde arabe, les Balkans et en Turquie, est une histoire qui n’a pas été déterminée par les establishments officiels, encore moins par les majorités, mais de façon surprenante par des acteurs venant des marges de la société. Ces « marges », n’émanent pas nécessairement des bas-fonds, et disposent d’un triple capital grâce auquel elles peuvent brutaliser le temps et l’espace collectifs : une solidarité interne en termes de génération ou de provenance, un savoir radicalisé proposant une nouvelle lecture de l’histoire et un...

Hamit Bozarslan

Historien et politiste, Directeur d'études à l'EHESS