A Analyse

Histoire

Le savoir par l’urbex ?

Historien

Affaire d’amateurs passionnés, l’urbex permettrait-elle une forme de connaissance historique ? Après tout, l’exploration urbaine donne souvent accès à des documents inédits et, surtout, à des objets du quotidien. À quelles conditions peut-on dès lors défendre pour les historiens et les sciences sociales des usages savants et critiques de l’urbex ?

L’« exploration urbaine », cette visite ou errance sur des sites qui n’ont pas vocation à être parcourus parce qu’abandonnés, marginalisés ou interdits, connaît un succès considérable aujourd’hui. On en a décrit les motivations et les règles dans une première contribution à cette série de textes pour AOC. Avant d’en discuter bientôt les enjeux politiques dans un troisième dernier article, nous voudrions ici interroger les rapports entre savoirs et urbex. Peut-on faire progresser les connaissances en se promenant dans des usines, des hôpitaux ou des maisons de la culture abandonnés, sous quelles conditions et dans quelles directions ?

Au préalable, il faut s’intéresser à tout un discours endogène des « urbexeurs » qui souligne la dimension historienne ou cognitive de leur pratique. Certains inscrivent même le moment propre de l’exploration urbaine dans une continuité érudite. En amont, ils expliquent s’être documentés su...

Nicolas Offenstadt

Historien, Maître de conférences à l'université Panthéon-Sorbonne