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Politique

Nouvelle-Calédonie : un référendum qui ne clôt pas la lutte pour l’indépendance

Antropologue et historien

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » À cette question posée le dimanche 4 novembre 2018, les électeurs calédoniens ont répondu par la négative, mais dans une proportion nettement moins importante qu’annoncée. Pour les Kanak indépendantistes à qui l’on prédisait une déroute, cette défaite suscite paradoxalement un immense espoir en vue du prochain référendum de 2020. Retour sur un scrutin historique dans un « Caillou » au destin colonial et postcolonial décidément unique.

La Nouvelle-Calédonie n’a pas fini de nous étonner. Alors que les sondages et les commentateurs politiques tablaient sur une victoire écrasante du « non » sur le « oui » – de l’ordre de 70% contre 30% – lors du référendum du 4 novembre 2018 sur l’accession à l’indépendance de cet archipel du Pacifique Sud, le score s’avère beaucoup plus serré que prévu : 56,4% en faveur du maintien dans la France contre 43,6% pour la pleine souveraineté, soit 18 000 voix d’écart sur un corps électoral de 175 000 inscrits et pour une population totale de 270 000 habitants. À l’issue du scrutin, les vainqueurs « loyalistes » faisaient plutôt grise mine, tandis que les vaincus indépendantistes affichaient leur satisfaction et donnaient d’ores et déjà rendez-vous aux électeurs en 2020 pour la « deuxième manche ».

En cas de victoire du non en effet, l’accord de Nouméa qui organise l’évolution politique du territoire – et qui a été intégré à la Constitution française – prévoit la tenue d’un deuxième référendum dans les deux ans, sur la même question et avec le même corps électoral, si un tiers des élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie le demande, soit 18 des 54 membres. Or les indépendantistes, favor...

Benoît Trépied

Antropologue et historien, Chargé de recherche au CNRS – IRIS