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La sombre affaire Kashoggi

Philosophe

L’exécution de Jamal Khashoggi révèle, plus que la nature dictatoriale du régime saoudien, celle de ses rapports avec l’occident. Existe-t-il en effet un autre régime dont la politique, pour dangereuse et irrégulière qu’elle soit, est systématiquement absoute ? Un régime hors la loi et pourtant exempté de sanctions ? L’affaire Khashoggi est l’occasion de s’en rendre enfin compte : il faut lever l’exception saoudienne.

Comme toute affaire digne de ce nom, l’exécution de Jamal Khashoggi combine des enjeux politiques, de fortes résonances imaginaires et symboliques, et peut produire de nouvelles lignes de partage. La représentation macabre du corps supplicié et démembré dans le sous-sol d’une ambassade, et celle du bourreau à la fête avec ses écouteurs ont soulevé partout révulsion et scandale.

La violence primitive d’État, réplique insupportable d’une scène mafieuse (ou d’un châtiment moyenâgeux) s’est accompagnée dans un premier temps d’un chantage pour le moins arrogant, suivi d’un silence interminable, puis d’une série de récits plus grossiers les uns que les autres qui ont mis crument en évidence des marchandages et des intérêts systémiques. Les palinodies de Trump et l’alignement lamentable des affidés arabes ne sont pas moins significatifs. Une chose est sûre, quelles que soient les révélations à venir et les aboutissements politiques, le mal est fait. On peut estimer que pour l’opinion, où qu’elle soit, la morbidité et l’archaïsme improbables de l’affaire relèvent de la psychopathologie politique .

Alors que le calvaire du Yémen – guerre, famine, épidémies à grande échelle, camps de réfugiés ...

Nadia Tazi

Philosophe, Journaliste et éditrice