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Trump : derrière les tweets, l’alt-right et le paléoconservatisme

Historien

Donald Trump vient encore de s’illustrer par une série de tweets chocs. Mais si beaucoup lui reprochent sa vulgarité, il ne faut jamais oublier que cette communication fait le bonheur d’une large frange de la droite américaine qui se méfie des intellectuels et de leur ton policé. Prendre Donald Trump au sérieux, c’est comprendre que, derrière ce mode d’expression, se niche l’influence d’une pensée droitière composite, regroupant l’Alt-right, le paléoconservatisme et le supémacisme blanc.

Depuis l’élection de Donald Trump en 2016, tous les observateurs ont souligné son inculture, mettant en avant ses tweets à la syntaxe si particulière ou insistant sur son incapacité à travailler plusieurs heures sur des dossiers difficiles. Cela est sûrement le cas, mais ce n’est pas un point négatif dans ce pays. Il existe en effet aux États-Unis un rejet enraciné des élites : les candidats à l’élection présidentielle qui ont une image d’intellectuel partent avec un handicap auprès de l’opinion publique étatsunienne. La défiance, habituelle pourrait-on dire, de l’opinion publique étatsunienne vis-à-vis des intellectuels et des technocrates (ou vus comme tels), a été aggravée, depuis le début des années 2000, par la colère des perdants de la mondialisation, les « rednecks » dont certains parlent avec mépris. Le succès d’un mouvement populiste ultraconservateur comme le Tea Party et de sa principale représentante Sarah Palin le montrent.

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Le vote des électeurs américains s’est donc porté en 2016 sur l’un des deux candidats « antisystème », l’autre étant le sénateur démocrate Bernie Sanders. Durant cette campagne hors-norme, Donald Trump s’est fait remarquer par son attitude grossière, agressive et somme toute décalée. Cela n’est pas anecdotique pour notre propos, bien au contraire, car cela est en lien avec ce qui nous intéresse, c’est-à-dire la nébuleuse intellectuelle conservatrice dans laquelle baigne idéologiquement le président. Enfin, s’il existe une longue tradition populiste de gauche dans ce pays – quasiment depuis sa fondation –, celle-ci se situe dans une autre filiation.

Durant la campagne à l’élection présidentielle, Donald Trump n’a cessé de faire des appels du pied à l’extrême droite étatsunienne. Celle-ci l’a soutenu massivement. En retour, une fois vainqueur, il choisit comme conseiller, éphémèrement il est vrai (entre 2016 et 2017), le sulfureux Stephen (dit Steve) Bannon, ancien trader, homme d’affaires, patron du site complotiste et ult


Stéphane François

Historien, Chercheur associé au Groupe Sociétés, Religions, Laïcités du CNRS et de l'EPHE