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Politique

Samedi, j’ai insurrection : neuf leçons à tirer d’un mouvement intermittent

Philosophe et sociologue

Ce que le mouvement des « gilets jaunes » a démontré jusqu’à présent, c’est que le peuple peut exister comme revendication polyphonique et insistante à l’intérieur de laquelle ne se distingue aucun principe d’unité ou d’identité précis. C’est cette indistinction qui a fait la force du mouvement, son danger et sa menace. Et son succès : sans jamais rien demander formellement, sans jamais désigner de représentants, les « gilets jaunes » obtiennent de ces pouvoirs qu’ils contestent des satisfactions à des demandes qu’ils n’ont jamais formulées.

Nous participons tous et toutes aujourd’hui à une mutation de l’ordre du politique, dont les manifestations s’observent un peu partout autour de la planète et qui est suscitée par un même phénomène : l’instauration de contre-pouvoirs démocratiques à l’initiative de citoyen.ne.s qui entendent prendre en charge les affaires publiques qui les concernent. L’émergence inattendue du mouvement des « gilets jaunes » est la dernière expression en date de ce phénomène.

Elle jette une lumière crue sur le fait que la situation actuelle de la démocratie se caractérise par la coexistence de deux sources de légitimité : celle qui émane des institutions officielles du gouvernement représentatif et qui est essentiellement fondée sur l’élection et la délégation ; et celle qui naît des « pratiques politiques autonomes » des citoyen.ne.s – autonomes au sens de déliées de tout rapport avec les organisations traditionnelles de la représentation, et ne poursuivant aucun projet de conquête du pouvoir d’État [1].

Ce que certains nomment en ce moment la déconnexion entre le peuple et les élites renvoie à cette dualité des sources de la légitimité politique ; et à l’ex...

Sandra Laugier et Albert Ogien

Philosophe et sociologue, Professeure à Paris 1 et directeur de recherche au CNRS