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Médias

Pourquoi avons-nous si peur des fake news ? (1/2)

Sociologue

Les Fake News seraient à elles seules responsables de la montée des populismes, de la crise des médias, ou de la diffusion de croyances irrationnelles. Ce déterminisme technologique, s’appuie sur une assez large méconnaissance des résultats des enquêtes sociologiques comme celle parue aux Etats-Unis fin 2018, Network Propaganda de Yochai Benkler, Robert Faris et Hal Robert, que Dominique Cardon se propose ici d’analyser dans le premier volet de cet article.

Internet et les réseaux sociaux ont tout déréglé. Robots, agents russes, algorithmes, groupuscules de l’ultra-droite et toutes sortes d’officines à visée idéologique ou commerciale ont profité de l’infrastructure ouverte du réseau pour propager des infox. Un véritable bombardement de messages douteux, de photos truquées ou antidatées, de rumeurs scabreuses, d’informations décontextualisées ou honteusement fausses, d’insinuations conspirationnistes et de messages sculptés pour désorienter les convictions de profils ciblés s’est abattu sur le web.

Un grand processus de dérégulation du marché informationnel a été ouvert par le numérique. Il serait responsable du Brexit, des élections de Donald Trump et de Jair Bolsonaro ou de la radicalité des Gilets Jaunes. Les gens ont mal voté parce qu’ils ont été manipulés par des acteurs mal intentionnés qui ont su exploiter les aspects les plus toxiques de l’infrastructure du réseau. La question fait si peu de doute qu’un déterminisme technologique un peu trivial sert désormais de clé d’explication à la montée des populismes, à la crise des médias et à la diffusion de croyances irrationnelles. Internet est le problème et si l’on pouvait ...

Dominique Cardon

Sociologue, Directeur du Médialab de Sciences Po