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Société

Le miracle et le monstre – un regard sociologique sur le Coronavirus

Sociologue et philosophe

Oui, nous pouvons arrêter, le monde. Et c’est même c’est très facile. Voilà le miracle que semble accomplir le Coronavirus. Mais c’est nous, et non le virus, qui l’avons fait ! Utilisant pour cela la même force qui jusqu’alors nous conduisait à produire toujours plus et toujours plus vite. On sait comment on freine. Que fait-on après ?

Ce que nous vivons en ce moment n’est rien de moins qu’un véritable miracle sociologique. Quelque chose d’incroyable est en train de se produire. Le monde ralentit. On a l’impression que des freins gigantesques ont été serrés sur les roues perpétuelles de la production, du mouvement et de l’accélération. Depuis plus de 200 ans, depuis le début du XIXe siècle, le globe connaît un processus de dynamisation (inégal et souvent violent) : nous avons littéralement mis le monde en mouvement à un rythme toujours plus rapide.

Il suffit de regarder les chiffres : depuis 1800, la production et la consommation économiques, l’utilisation et l’épuisement des ressources, l’utilisation de l’énergie, la masse totale et le nombre de personnes en mouvement augmentent tous de manière incessante et exponentielle. Lorsque vous regardez l’ensemble des mouvements de personnes et de biens et matériaux circulant sur la planète, vous obtenez une courbe de croissance impressionnante qui ne connaît pratiquement aucune rupture, pause ou limite significative. Certes, les récessions économiques et les guerres ont parfois, pendant de courtes périodes, réduit la...

Hartmut Rosa

Sociologue et philosophe, Professeur à l’université Friedrich Schiller de Iéna et directeur du Max-Weber-Kolleg à Erfurt