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Société

À distance : (dé)construire le « chez-soi de travail »

Sociologue

Depuis la mise en place du confinement et après sa levée progressive, de nombreux salariés font l’expérience du télétravail. Et une petite musique médiatique semble faire de la figure du télétravailleur une condition enviable, tant du côté des employeurs que des travailleurs. Est-on à la veille d’une transformation de nos modes de travail ? Travailler chez soi est-il vraiment synonyme d’émancipation ? Un regard rétrospectif sur les transformations du monde du (télé)travail permet d’apporter quelques éléments de réponses.

Depuis le début du confinement, le télétravail est présenté comme la solution miracle pour maintenir coûte que coûte l’activité économique : « Le télétravail devient la règle impérative pour tous les postes qui le permettent », affirme ainsi dès le 15 mars 2020 le ministère du travail dans un communiqué.

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Au sein d’un tissu économique fortement tertiarisé, le ministère estime alors que « près de 8 millions d’emplois (plus de 4 emplois sur 10) sont aujourd’hui compatibles avec le télétravail dans le secteur privé ». D’emblée, le télétravail se met donc en place, à la va-vite, la plupart du temps hors de tout accord collectif. D’après l’article L. 1222-11 du Code du travail, le télétravail est en effet considéré en cas d’épidémie comme un « aménagement du poste » qui s’impose. Ainsi contra...

Frédérique Letourneux

Sociologue, Docteure en sociologie à l'EHESS