Enseignement supérieur et recherche

Le travail des enseignants-chercheurs empêché par le Nouveau management public

Sociologue

Pour prendre la mesure de l’électrochoc qu’a provoqué la récente lettre ouverte d’Anne Fraïsse, présidente de l’université de Montpellier au président de la République, sans doute faut-il la replacer dans l’histoire déjà longue des effets de la mise en œuvre du programme du New Public Management dans l’enseignement supérieur et la recherche en France – et notamment des conséquences sur les conditions et la vie au travail des enseignants-chercheurs.

La mise en œuvre des principes du Nouveau management public dans l’Enseignement supérieur et la Recherche (ESR) au cours des quatre dernières décennies s’est concrétisée par différentes réformes qui ont mis en musique sa néolibéralisation. Ces évolutions ont affecté les objectifs de l’institution et dégradé les missions, les conditions d’exercice et le sens du travail des enseignant·es-chercheur·es[1] (EC).

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L’analyse présentée dans cet article s’appuie sur une enquête sociologique menée de 2020 à 2022 afin de décrypter les évolutions de la vie au travail des enseignants-chercheurs et à saisir la façon dont ils les ont vécues et se les représentent, puis de chercher à identifier et comprendre les causes et les vecteurs de ces évolutions.

Outre l’exploitation de sources bibliographiques multiples, l’enquête a recouru à trois outils de recueil de données et de témoignages[2] : d’abord, un questionnaire destiné aux enseignants-chercheurs titulaires[3] de toutes les disciplines hormis la santé envoyé en ligne et qui a permis de traiter 684 réponses complètes ; ensuite, des entretiens (de 30 à 90 minutes) avec 108 répondants au questionnaire, 5 présidents ou vice-présidents d’université en poste et 8 représentants des principaux syndicats (SNESUP, SNESUP École Émancipée, CFDT, CGT, FO et SUD) et enfin des échanges à propos de premiers résultats provisoires avec des groupes d’enseignants-chercheurs au cours de 7 séminaires. La présentation de l’enquête et de ses résultats a été publiée dans l’ouvrage Enseignants-chercheurs. Un grand corps malade (Le Bord de l’eau, 2025).

Après avoir présenté en première partie les principales transformations du travail des enseignants-chercheurs et de leurs conditions d’exercice, nous décrirons dans un second temps les troubles, les souffrances et le malaise qu’elles ont engendrées avant de poser l’hypothèse d’un processus de déprofessionnalisation en cours.

Les transformations du travail et des conditions de travail des enseigna


[1] Nous avons renoncé à l’écriture inclusive dans le reste du texte pour en faciliter la lecture.

[2] Les citations figurant dans l’article sont extraites des entretiens menés durant l’enquête.

[3] Cela ne consiste pas à nier le poids et les impacts de la précarité dans l’ESR, mais le choix d’étudier le travail plutôt que l’emploi nous a conduit à limiter l’enquête aux seuls titulaires.

[4] José Rose, Mission insertion : un défi pour les universités, PUR, 2014.

[5] Philippe Bezes, Christine Musselin, « Le new public management. Entre rationalisation et marchandisation », dans Laurie Boussaguet (dir.), Une French touch dans l’analyse des politiques publiques ? Presses de Sciences Po, 2015.

[6] Lucie Tanguy (dir.), L’Introuvable relation formation-emploi : Un état des recherches en France, La Documentation Française, 1986.

[7] Nicolas Belorgey, L’hôpital sous pression. Enquête sur le « nouveau management public », La Découverte, 2010.

[8] Béatrice Hibou, La Bureaucratisation néolibérale, La Découverte, 2013.

[9] Défendant le projet de loi de programmation de la recherche (projet devenu loi en décembre 2020), le directeur du CNRS, Antoine Petit, affirmait : « Il faut une loi ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes, laboratoires, établissements les plus performants à l’échelle internationale, une loi qui mobilise les énergies » (Les Échos, 26 novembre 2019).

[10] Dominique Glaymann, « Quels effets de l’inflation des stages dans l’enseignement supérieur ? », Formation Emploi, 2015, n°129.

[11] L’Agence nationale de la recherche (ANR) a été « créée en 2005 pour promouvoir la recherche française sur projets et pour stimuler l’innovation en favorisant l’émergence de projets collaboratifs pluridisciplinaires ».

[12]  Créée en 2006, l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AÉRES) a cédé sa place au Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement sup

Dominique Glaymann

Sociologue, Professeur des universités émérite de sociologie

Notes

[1] Nous avons renoncé à l’écriture inclusive dans le reste du texte pour en faciliter la lecture.

[2] Les citations figurant dans l’article sont extraites des entretiens menés durant l’enquête.

[3] Cela ne consiste pas à nier le poids et les impacts de la précarité dans l’ESR, mais le choix d’étudier le travail plutôt que l’emploi nous a conduit à limiter l’enquête aux seuls titulaires.

[4] José Rose, Mission insertion : un défi pour les universités, PUR, 2014.

[5] Philippe Bezes, Christine Musselin, « Le new public management. Entre rationalisation et marchandisation », dans Laurie Boussaguet (dir.), Une French touch dans l’analyse des politiques publiques ? Presses de Sciences Po, 2015.

[6] Lucie Tanguy (dir.), L’Introuvable relation formation-emploi : Un état des recherches en France, La Documentation Française, 1986.

[7] Nicolas Belorgey, L’hôpital sous pression. Enquête sur le « nouveau management public », La Découverte, 2010.

[8] Béatrice Hibou, La Bureaucratisation néolibérale, La Découverte, 2013.

[9] Défendant le projet de loi de programmation de la recherche (projet devenu loi en décembre 2020), le directeur du CNRS, Antoine Petit, affirmait : « Il faut une loi ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes, laboratoires, établissements les plus performants à l’échelle internationale, une loi qui mobilise les énergies » (Les Échos, 26 novembre 2019).

[10] Dominique Glaymann, « Quels effets de l’inflation des stages dans l’enseignement supérieur ? », Formation Emploi, 2015, n°129.

[11] L’Agence nationale de la recherche (ANR) a été « créée en 2005 pour promouvoir la recherche française sur projets et pour stimuler l’innovation en favorisant l’émergence de projets collaboratifs pluridisciplinaires ».

[12]  Créée en 2006, l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AÉRES) a cédé sa place au Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement sup