Le métier de lycéen : souffrance scolaire et salariat
Puisque la construction de l’École publique a été concomitante de l’interdiction progressive du travail des enfants, enseignement et travail salarié sont généralement perçus comme mutuellement exclusifs. Leur travail consistant à construire leur propre avenir et à acquérir des connaissances, les élèves de l’enseignement secondaire général sont perçus comme à l’abri de toute forme d’exploitation : ils ne produisent rien à part eux-mêmes et personne ne s’approprie le fruit de leur labeur.

Cette situation invalide une grande partie des analyses critiques élaborées au sujet du travail salarié. Puisqu’accéder à l’enseignement est une chance, peu de personnes semblent prêtes à entendre que les lycéen.nes peuvent souffrir de trop travailler.
Les plaintes exprimées par les élèves au sujet de leurs emplois du temps surchargés, de leur fatigue chronique – largement portées par le mouvement actuel -, sont accueillies par nombre d’adultes avec une forme de goguenardise teintée d’ironie : les « pauvres chéris, c’est trop dur ». L’effectivité du travail réalisé par les lycéen.nes est volontiers mise en doute. Ne passent-ils pas l’essentiel de leur temps sur leur smartphone, souvent jusqu’à des heures indues ? Ne sont-ils pas rendus inaptes au travail par les dégâts cognitifs des réseaux sociaux ? Cette génération est souvent décrite comme spécifiquement « fatigable ». Autrement dit, les adultes considèrent leurs plaintes non comme le signe d’un problème lié aux conditions de travail dans les lycées, mais bien comme le signe d’une « flemme » caractéristique de l’adolescence.
Une autre attitude consiste à comparer la situation actuelle avec ce qu’ont traversé les générations précédentes. Les lycées sont dégradés, les toilettes en piteux état ? C’était pire par le passé. Le bachotage est abrutissant ? Rien de nouveau sous le soleil, là aussi. Il l’a toujours été et bien des adultes ont enduré la même surcharge sans en pâtir durablement. Mieux, ce serait dans le labeur exce
